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HISTOIRE DE NOS FAMILLES

Les maisons d’ancêtres


8. La maison Dumont

Le dernier manoir seigneurial à subsister sur le territoire de la seigneurie de la Rivière-du-Chêne n’est pas celui que l’on croit habituellement. Il ne s’agit pas du "manoir" Globensky puisque ce dernier a été construit en 1901, longtemps après l’abolition du régime seigneurial. Il s’agit plutôt d’une petite maison de bois qui n’attire même pas les regards au 329 de la rue Saint-Eustache, au coin Nord-Est de la rue de la Forge.


La terre sur laquelle se trouvait autrefois cette maison s’étendait le long de la montée du Domaine, jusqu’au Nord de l’autoroute 640. Il faut se rappeler qu’avant l’ouverture du boulevard Arthur-Sauvé entre le pont du même nom et le carrefour de la rue Féré, face au centre commercial Place Saint-Eustache, c’est l’actuelle rue de la Forge qui se prolongeait en ligne droite vers Saint-Augustin. Seule la portion située au nord de la côte Saint-Louis porte encore aujourd’hui le nom de montée du Domaine.

C’est en 1792 que le seigneur Louis-Eustache Lambert-Dumont concède cette terre à son fils Eustache-Nicolas. Il s’agissait d’une terre double, qui occupait les deux côtés de la montée. Deux ans plus tard, Eustache-Nicolas vend à Louis Gratton la moitié située à l’Est du chemin, puis en 1801, ils s’échangent leurs deux moitiés. La portion de terre qui nous occupe revient donc à cette date entre les mains de la famille seigneuriale. Comme les seigneurs habitent leur manoir situé près de l’église, il est probable que la maison qui se trouvait sur la terre était occupée par les fermiers responsables du domaine.

À la mort d’Eustache-Nicolas Lambert-Dumont en 1835, c’est son fils Charles-Louis qui hérite de la seigneurie. Malheureusement pour lui, son manoir est incendié le 14 décembre 1837, lors de la bataille de Saint-Eustache. Il devra donc se loger ailleurs. C’est la petite maison située sur sa ferme qui deviendra son nouveau manoir.

En 1841, le seigneur Charles-Louis Lambert-Dumont décède à l’âge de 36 ans. L’inventaire de ses biens, dressé par le notaire Mackay, décrit bien la maison dont les dimensions du solage correspondent exactement à la maison actuelle. On peut donc affirmer sans grand risque qu’il s’agit bien de la même maison! Peu après cette date, la maison est acquise par Charles Dolbec, qui deviendra maire du village en 1852.

En 1854, alors que Charles-Auguste-Maximilien Globensky vient d’épouser la fille de Charles-Louis Lambert-Dumont et est devenu ainsi co-seigneur, il loue de Charles Dolbec cette petite maison qui devient la première résidence du couple, après son mariage. Cette maison, en plus d’avoir été le dernier manoir d’un seigneur Dumont, devient donc le premier véritable manoir du nouveau seigneur Globensky!

La maison connaît ensuite plusieurs propriétaires, dont Alfred-François Laviolette, fils du co-seigneur Laviolette, et Charles-Auguste-Maximilien Globensky lui-même. En 1893, c’est le forgeron Léon Rochon qui en devient l’heureux acquéreur.

En 1910, un incendie qui a débuté dans la toilette du moulin Légaré réduit en cendres toute la partie du village située entre le moulin et la rue de la Forge. Certains ont cru que la maison qui nous occupe ici avait aussi brûlé. Il n’en est rien cependant, puisque la chronique de l’époque nous indique qu’un "bâtiment" de monsieur Rochon a été incendié, et non sa maison. D’anciennes photographies nous la montrent dans toute sa splendeur, avec sa longue galerie de bois sculpté en façade, à l’époque des Rochon. Les travaux effectués au 20e siècle lui ont malheureusement fait perdre sa fière allure. Mais peut-être qu’un jour, une véritable restauration pourra nous redonner le seul vrai manoir seigneurial qu’il nous reste à Saint-Eustache.

Texte : Marc-Gabriel Vallières