Liste des chroniques

Jacques Bernier, premier habitant du Cap-Saint-Ignace et seigneur du fief Saint-Joseph (suite)

Dès son arrivée en Nouvelle-France, Jacques Bernier fut confié à une personne de très haut prestige: la damoiselle Éléonore De Grandmaison, épouse de Jacques Gourdeau, sieur de Beaulieu (Gr. Peuvret), dans la seigneurie de la Renardière. Ce domaine était situé sur la pointe sud-ouest de l’Île d’Orléans, en face de Québec.

Le 3 novembre 1672, l’intendant Talon concédait, au nom du roi de France, une seigneurie au Cap-Saint-Ignace à Geneviève De Chavigny, fille d’Eléonore De Grandmaison. Le 6 mars 1673 (et peut-être même depuis le 3 novembre 1672) est la date retenue pour l’installation de Jacques Bernier au Cap-Saint-Ignace (Gr. Rageot). Il a bien fallu s’y rendre pour réaliser l’arpentage, faire acte de propriété et la prise de possession.

On devine que l’arrivée d’un homme instruit, débrouillard et avec une notoriété célèbre est perçue comme un apport important dans la nouvelle colonie. Jacques Bernier sait lire, compter et écrire. On a eu recours à sa science dans plusieurs domaines: le 18 février 1679, il réalise l’arpentage de la terre de Michel Isabel, au Cap-Saint-Ignace, et fait l’inventaire de ses biens (Gr. Duquet), discipline réservée alors aux seuls notaires accrédités pour une telle fonction légale.

Les historiens que j’ai cités ci-dessus ont souvent fait mention de son engagement social dans la communauté du Cap-Saint-Ignace. Il possédait un bateau pour faire le commerce, un magasin général où tous les paroissiens se regroupaient pour s’approvisionner. Les cérémonies liturgiques se célébraient dans sa maison. Mgr de Laval y est allé à plusieurs reprises pour les confirmations. La paroisse fut érigée canoniquement le 30 octobre 1678.

Les beaux militaires qui sont venus au Canada risquer leur vie contre les féroces Iroquois s’étaient partagés les terres de la Nouvelle-France. Jacques Bernier devint aussi seigneur au même titre, mais en méritant ses honneurs avec son ardeur, sa persévérance et son ambition extraordinaires. Il devint seigneur le 15 octobre 1683, à l’âge de 50 ans. Il se portait acquéreur du fief ou de la seigneurie Saint-Joseph dite de la Pointe-aux-foins, située à l’extrémité ouest de la paroisse actuelle du Cap-Saint-Ignace.

Le 3 novembre 1672, l’Intendant Talon concédait à Guillaume Fournier «trente arpents de terre sur deux lieues de profondeur, à prendre sur le fleuve Saint-Laurent, tenant d’un côté au Sieur de l’Espinay (à la Seigneurie de la Rivière-du-Sud) et de l’autre aux terres non concédées». C’est le fief de Saint-Joseph ou de la Pointe-aux-Foins. Ce Guillaume Fournier, venu du village de Coulme, en Normandie, avait épousé à Québec, le 21 novembre 1651, Françoise, fille de Guillaume Hébert et d’Hélène Desportes. Il fut un des premiers colons de la Pointe-à-la-Caille. Ne pouvant s’occuper du développement de son fief de la Pointe-aux-Foins, il le vendit à Jacques Bernier.

Le 21 juillet 1713, Jacques Bernier, premier colon du Cap-Saint-Ignace, s’éteignait dans sa 80e année d’âge. Celui qui aurait pu devenir une célébrité dans son pays quittait cette terre d’adoption pour celle de l’éternité, après avoir donné, avec son épouse Antoinette Grenier, la vie à onze enfants. Il repose dans le cimetière du Cap-Saint-Ignace.