Histoires de nos familles

Un meurtre dans la famille (suite et fin)
La sentence


Dans un nouvel interrogatoire, Jacques Bertaut déclare que sa femme a tenté le 16 mai d’empoisonner Julien Latouche avec des herbes qui font mourir les cochons mais voyant qu’elles ne produisaient aucun effet sur son gendre, le lendemain 17 «sur le soir», son gendre étant dans la grange, Gilette Baune lui a donné un coup de bêche. Arrivant en même temps, Jacques Bertaut, ayant vu sa femme commencer, l’aurait aidé à finir de le tuer, lui tenant Julien Latouche pendant qu’elle le frappait. Jacques Bertaut dit qu’il n’a jamais voulu de mal à son gendre, qu’il n’a fait qu’obéir à sa femme.

Gilette Baune ajoute qu’elle a donné un premier coup sur la tête de Julien Latouche et que son mari arrivant, ils lui en ont donné plusieurs jusqu’à ce qu’ils soient certains qu’il était passé de vie à trépas. À la fin de l’interrogatoire, elle avoue qu’ils ont tué leur gendre et «qu’il leur en avait donné franc sujet, n’ayant eu aucune paix ni repos depuis le mariage dudit Latouche». Ils auraient projeté ensemble son meurtre à cause des mauvais traitements qu’il faisait subir à leur fille.

Le procureur demande que tous les trois soient exécutés. M. Chartier prononce la sentence suivante: «Jacques Bertaut, Gilette Baune et leur fille seront conduits la corde au cou, la torche au poing, devant la porte de l’église paroissiale par l’exécuteur de la haute justice (le bourreau) et là, le dit Bertaut et les femmes en chemise jusqu’à la ceinture demanderont pardon à genoux des crimes commis à Dieu, au roy et à la justice. De là, ils seront conduits à l’échafaud sur la place publique de la haute-ville. Bertaut sera étendu sur une croix de saint André pour recevoir un coup de barre de fer sur le bras droit, ensuite étranglé et après sa mort, des coups semblables sur le bras gauche et sur les cuisses. Gilette Baune, après avoir assisté au supplice de son mari, sera pendue et étranglée à une potence, et Isabelle Bertaut, corde au cou, assistera à ces exécutions. Le corps de Jacques Bertaut sera mis sur une roue sur le Cap-aux-diamants afin de servir d’exemple.»

Cette sentence rendue le 8 juin à 4 heures du matin fut exécutée le 9 juin.

Quelques mois plus tard, Isabelle donne naissance à une fille posthume qu’elle nommera Thérèse.

Ainsi, à 13 ans, elle se sera mariée, aura vu assassiner son mari, sera jugée, aura vu son père étranglé et sa mère pendue et elle-même devenir mère.

Qu’à cela ne tienne, il ne semble pas que les prétendants à sa main en aient été rebutés.

En effet, le 6 novembre 1673, elle épouse à Boucherville Noël Laurence dit Lorange. Au décès de ce dernier, un troisième mariage a lieu, à Repentigny cette fois, avec Jean-Baptiste Pilon dit Lafortune. De ces deux mariages sont nés plusieurs enfants.

Y a-t-il encore dans notre région des Brunel, Vigneault, Gendron, Charbonneau, Paquette ou Verdon qui se savent descendants de Jacques Bertaut et de Gilette Baune?

Jocelyne F. Trudeau
Société de généalogie de Saint-Eustache