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Une gare au village

Enfin, un moyen de transport public au village de Saint-Eustache.

A l’été 1881, Me Cyrille H.-Champagne procède à l’achat de parcelles de terre pour la compagnie de chemin de fer de Saint-Eustache. Mais où sont situées ces parcelles qui forment une voie de 100 pieds de large entre les deux villages? Où est située la gare?

Si l’on suit le tracé de la voie ferrée d’alors, avec nos yeux d’aujourd’hui, d’ouest en est, c’est-à-dire de Saint-Eustache à Sainte-Thérèse, le train part de la gare située sur la rue Saint-Viateur, coin Dorion, passe sur le terrain du restaurant McDonald, traverse le Boulevard Sauvé, le restaurant Harvey’s puis se dirige presque en ligne droite vers la 25e Avenue, traversant les terres. A cet endroit, le train s’arrête sur demande, puis repart en passant en avant du restaurant Memphis Belle, de Carrière Saint-Eustache Ltée et continue sa route sur la rue Dubois ; il suit donc le côté sud de la 640 jusqu’à Sainte- Thérèse. Quand vous roulez sur la 640, sur votre droite, avec un peu d’observation, vous devinez assez facilement la ligne.



La gare de Saint-Eustache, vers 1913. Carte postale par le photographe L. Gobeille.

La gare, majestueuse pour l’époque avec son carré haut-de-forme, son toit à deux versants, soutenu par deux poinçons avec traverses aux pignons et ses coyaux soutenant l’excédant du bas, protège bien sa porte et son lambris posé en diagonal sur les deux sens. Une échelle, fixée au mur, atteint la traverse soutenue par le poinçon d’où il est facile d’atteindre le toit au cas de feu. La cheminée est construite de briques d’argile.

Le quai est composé de madriers d’au moins trois pouces d’épaisseur, avec son mur de soutènement de même matériau mais posé à la verticale. Le quai, sur sa longueur, peut recevoir tout au plus quatre wagons. La plate-forme de chargement est surélevée d’environ trois pieds (1m) et n’a pas plus de dix pieds de profondeur (3m).

Sur le quai, nous apercevons une balance sur roues de fer, un diable, un tonneau, un chariot à trois roues de fer, un banc de bois aux montants de fonte… et accroché sur un coin, un gros fanal. La porte de la gare est ouverte. Il n’y à pas âme qui vive, peut-être sommes-nous un dimanche matin.

Placé d’où je suis, il m’impressionne de voir cette gare, cette voie ferrée simple sans aiguillage. Tout au fond, l’immense grange de la terre des Sœurs de la Congrégation Notre-Dame, des vieilles maisons, des hangars et des lots de billots de bois. Surprise, le 103 rue De Bellefeuille, notre Centre de recherche, construit vers 1850, nous apparaît à peu près comme nous le connaissons aujourd’hui.

Vous avez lu dernièrement qu’un projet de gare d’autobus, par l’Agence métropolitaine de transport, serait construite sur la rue Saint-Viateur à Saint-Eustache. Cela n’est rien de nouveau pour le coin, car la terre qu’ils travailleront pour cette réalisation sera la même manipulée lors de la construction du chemin de fer de Saint-Eustache, en 1882. Hommage à nos ancêtres qui ont réalisé ce monument disparu, vers les années 1940.

Observation d’une magnifique carte postale du photographe Gobeille vers 1913, remise à la Société d’archives historiques de Saint-Eustache par Jean-Guy Proulx. Cette photo est disponible sur notre site internet. Cliquer sur Histoire de nos familles du 15 décembre 2001.

Texte: Claude Latour