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La Plage Roger

Le 27 avril 1866, Aldéric Théorêt voit le jour. Il est le fils d’Émilie Meloche et de François-Xavier Théorêt. À 20 ans, il est forgeron et exécute des travaux de fer forgé pour les Boileau, des menuisiers, des bâtisseurs d’églises. Il fait la connaissance de leur soeur, Rosanna Boileau, qu’il épouse, le 6 août 1888, à l’église Saint-Raphaël de l’Île-Bizard.

Un jour de 1925, Aldéric Théorêt, Rosanna Boileau, sa femme, leur fille Laure et leur gendre Alfred Roger, visitent la parenté sur le rang du Lac, à Saint-Eustache. Pour bien vous situer, il faut savoir que la paroisse de Saint-Eustache se rendait à ce moment-là jusqu’aux limites de Pointe-Calumet.

Aldéric aperçoit une terre à vendre, voisine de la maison où il a passé son enfance. C’est un endroit qu’il connaît bien. Le propriétaire est un M. Campbell, d’origine belge, qui avait tenté de faire l’élevage de moutons.

La situation économique du pays est précaire à ce moment-là, mais la terre est une valeur sûre et son prix abordable. De plus, ses berges sur le lac des Deux Montagnes sont sablonneuses, pourquoi ne pas essayer d’exploiter celles-ci? Alors, Aldéric achète, conjointement avec son gendre Alfred, cet endroit qui devient la Plage Théorêt & Roger.

Aldéric et Rosanna s’installent sur le rang du Lac et leur maison devient vite un lieu de rencontre pour les voisins, presque tous des parents, qui viennent acheter leur tabac, un breuvage, et ainsi de suite, puis souvent s’attablent pour une partie de cartes ou un bout de veillée.



La Plage Roger, vers 1950. Carte postale par Rolland Beauchamp. Collection MGV.

Alfred et Laure demeurent à Montréal. Alfred y conserve son emploi de voyageur de commerce mais ils sont à la campagne toutes les fins de semaine, les jours de congé et de vacances. Pendant que les deux associés, en plus de tenir le restaurant, achètent des chaloupes, font construire des tables à pique-nique, des cabines, un restaurant et font réparer les vieux chalets existants par Ulric «Ticket» Binette, les femmes, de leur côté, alimentent le restaurant en sandwiches, gâteaux, maïs bouilli et ainsi et suite. De plus, Laure s’occupe de louer des chalets, de les nettoyer, de les meubler. Chaque fin de semaine, elle perçoit le coût du stationnement des véhicules dont le nombre varie entre 100 et 200 par jour, selon la température.

Après le décès de sa femme, alors âgée de 72 ans et 7 mois, survenu en 1933, Aldéric, fatigué, cède sa part à son gendre l’année suivante contre une maison à Montréal. Il est perdant mais il le fait pour sa fille Laure. À partir de ce jour, ce lieu de villégiature portera le nom de Plage Roger.

Qui ne se souvient pas de ces avenues bordées de petits chalets habités l’été par des familles de milieu urbain, qui voyagent à leur travail par le train du Canadian National, matin et soir? La famille de Maurice Richard est l’une de celles-là. Qui ne se souvient pas de la plage, de son sable et de ses arbres, des cabines, du restaurant? Qui ne se souvient pas, un peu plus tard, du jeu de la souris, de sa table tournante et de ses portes? Qui ne se souvient pas des Théorêt, Roger, Larocque, Binette, Latour, Périllard, Tétreault, Langlois, Vaillancourt, Marion?

Que d’histoires à raconter sur le rang du Lac, autrefois de Saint-Eustache.

Source: Thérèse Théorêt Leblanc
Texte: Claude Latour