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L'or du Klondike

Selon Kenneth S. Coatis (Horizon Canada), de 1896 à 1899, le territoire du Yukon connaît la dernière grande ruée vers l’or du XIXe siècle. Peu d’évènements dans l’histoire du Canada ont égalé cette aventure qui a présenté tous les éléments d’un authentique mélodrame: danger, cupidité, héroïsme, travail surhumain, sacrifices, fortune soudaine et mort tout aussi subite.

Peut-être qu’un membre de votre famille, dans ce passé qui n’est pas si lointain, a vécu cette expérience. C’est le cas d’André Forget, qui nous raconte le drame qui suit.

Alphonse Constantin naît le 7 mai 1861 à Saint-Eustache. Ses parents, Amable Constantin et Honorine Calvé, ont onze enfants dont cinq meurent en bas âge. Deux de ses soeurs habitent Saint-Eustache. Il s’agit de Cécile, mariée à Magloire Lebrun, et Marie-Louise ,à Paul Boileau.

Après quelques années de défrichement, il est attiré par l’or du Klondike. Il se rend aux terrains aurifères en traîneau, tiré par des chiens, franchit le fameux col de Chilkoot avant d’atteindre la région aurifère de Dawson qui compte une population de près de 20 000 personnes, en deux ans seulement. Dès l’automne 1901, Alphonse Constantin est de retour à Montréal et habite avec son père au 461, rue des Seigneurs, mais passe une bonne partie de l’hiver chez son beau-frère, Paul Boileau, à Saint-Eustache.

Au début de juin, il achète chez Ernest Lahaie, magasin général de Saint-Eustache (Boutique Jeanne Audet et Café Clé de Sol), des chemises en satin noir et un habit en serge noir avec des pantalons rayés bleu foncé. À Montréal, il rencontre Guy Beaudoin, un Beauceron de Saint-Évariste de Forsyth qui l’accompagnera dans l’Ouest. Le 4 juin 1902, il prend le train à la gare Centrale en direction de Vancouver où il arrive quelques jours plus tard. Nos deux voyageurs séjournent à l’hôtel Grandville où ils rencontrent un Beauceron, du nom de Bouthillette, qui cherche lui aussi à renjoindre Dawson. On sera donc trois compagnons. Après avoir atteint White-Horse à bord du steamer «Amur», ils rejoignent deux individus, Labelle et Fournier, qui s’offrent à leur faire remonter le fleuve Yukon jusqu’à Dawson et surtout, de partager avec eux les frais de voyage.

Quand le soleil se lève au matin du 17 juin 1902, une longue filée de canots remonte le fleuve Yukon et parmi ceux-ci, le no 3744. Le soir venu, alors que les autres canots continuent leur route, le no 3744 s’arrête à une île aujourd’hui appelée L’île aux meurtres. Le 19 juin suivant, seuls Labelle et Fournier sont aperçus à Dawson. Qu’était-il arrivé à leurs trois autres compagnons?

L’enquête, menée par le sergent J. H. Burns et le détective Welsh, permit de reconnaître la culpabilité de Labelle et de Fournier dans l’assassinat d’Alphonse Constantin. Son corps ne fut retrouvé que le 18 mai 1903 par John McLean et George Ortell. Après avoir lavé les vêtements, on découvrit dans une des poches du pantalon deux petits bouts de papier; l’un contenait une prière en français et l’autre était une portion d’une lettre sur laquelle on lisait le nom d’Alphonse Constantin, écrit en gros caractère. Ses parents furent prévenus par le père Bunoz, de Dawson. Alphonse Constantin n’avait que 41 ans. À la demande des parents, une sépulture chrétienne lui fut donnée et son corps repose au cimetière de Dawson.

Extrait de Drame au Yukon d’André Forget.

Claude Latour,
Société de généalogie de Saint-Eustache