Liste des chroniques

La place publique

Tout au long de l’histoire de nos villages et de nos villes, comme d’ailleurs dans tous les pays du monde, la vie des habitants a été centrée sur certains lieux privilégiés autour desquels les agglomérations ont pris forme et ont évolué. On appelle ces lieux souvent «place du village», ou «place du marché», ou encore tout simplement «place publique».

Les villes de Nouvelle-France, soit Québec, Trois-Rivières et Montréal, se sont ainsi développées comme toutes les villes françaises du Moyen Âge. Dans un lieu central avaient lieu les manoeuvres militaires, et souvent ce lieu prenait le nom de Place d’Armes. C’est le cas à Québec comme à Montréal. En Nouvelle-France toutefois, de nouveaux usages devaient être créés. À Trois-Rivières, par exemple, la Place d’Armes servait aux «sauvages» de passage, qui y établissaient leur campement.


La place publique de la commune de Ségonzac, en Charente, et l'église Saint-Pierre.
Pierre Vallières, ancêtre de cette famille en Nouvelle-France, y a été baptisé
le 4 novembre 1648. Carte postale publiée vers 1905.

Dans les villages ruraux du 19e siècle, comme ceux qui sont à l’origine de notre région, les places publiques avaient un rôle premier très utilitaire. On aménageait en effet au centre du village, devant l’église, un grand espace où les habitants des côtes et des rangs pouvaient laisser leurs chevaux, leurs charrettes et leurs carrioles lorsqu’ils venaient assister à la messe du dimanche. Il s’agissait donc du terrain de stationnement de l’époque! Avec les années, certains de ces terrains sont devenus des parcs alors que d’autres ont en quelque sorte conservé leur fonction traditionnelle, en étant pavés et devenant des stationnements pour automobiles.

Un bon exemple est la Place publique de Sainte-Dorothée. Cette paroisse est pourtant relativement jeune puisqu’elle fut fondée en 1869, à partir de la subdivision de la paroisse de Saint-Martin. C’est un cultivateur, Louis Laurin, dont le petit-fils deviendra par la suite le marchand général de l’endroit, qui donna une parcelle de sa terre face à la nouvelle église pour devenir place publique. Aujourd’hui, ce lieu est devenu un joli parc, avec sa fontaine et ses grands arbres. Autre place publique de l’île Jésus, celle de Saint-Martin est elle aussi demeurée bien visible, entourée de l’église, de l’école, du presbytère et du CLSC.


La Place de la Pucelle, à Rouen, en Seine-Maritime.
René de Lavoie, ancêtre de cette famille en Nouvelle-France, y a sûrement circulé!
Carte postale publiée vers 1905.

À Saint-Eustache, la grand’place a conservé jusqu’aux années 1950 son aspect ancien, entourée de manoir de Bellefeuille, du couvent, de l’église, du presbytère, de l’hôtel Bellevue et de la maison du docteur Marcil. Malheureusement, le vieux manoir de pierre a fait place à une école sans style et l’hôtel a été incendié par une main peu respectueuse de notre patrimoine. Il y a quelques années cependant, lorsque l’hôtel de ville est venu occuper le couvent, le village a retrouvé son organisation médiévale. Dans les villes européennes du Moyen Âge, le lieu privilégié qu’était la place publique reliait l’église et l’hôtel de ville, comme l’a montré Eugène Viollet-le-Duc, un grand historien de l’architecture, dans son ouvrage «Histoire d’un hôtel de ville et d’une cathédrale». La vie de la ville était en effet régie par ces deux pôles, l’un temporel, l’autre spirituel. Les habitants du Moyen Âge ne se doutaient toutefois pas que notre vie à nous serait davantage réglée par le pôle commercial de nos villes!

Marc-Gabriel Vallières,
Société de généalogie de Saint-Eustache