Liste des chroniques

Fenêtre sur le passé (1943)

Je vous raconte aujourd’hui, une histoire vécue qui s’est passée à Saint-Eustache en 1943. Je vous rappelle les endroits où se sont passés les faits, puis je vous raconte l’histoire.

L’hôtel de ville de Saint-Eustache, construit en 1911, paré de brique d’argile rouge, était situé à côté de la Caisse Populaire actuelle, rue Saint-Eustache. Le sous-sol abritait le logement du chef de police et les cellules. On accédait au premier étage par un escalier frontal et la porte donnait sur un corridor passablement large qui aboutissait à un escalier menant au deuxième étage. En entrant, à gauche, il y avait le bureau de poste dont le maître de poste était Avila Racine et en arrière du bureau de poste, la Caisse Populaire et son premier gérant Maurice Dorion. Du côté droit, il y avait la Shawinigan Water and Power qui deviendra, plus tard, Hydro-Québec. Toujours du côté droit, en arrière, il y avait la salle des délibérations du Conseil du village et de la paroisse. Au deuxième étage se trouvait la salle paroissiale qui servait à toutes sortes d’activités, théâtre, concerts, expositions etc. Cette bâtisse a été démolie pour faire place à un stationnement municipal.

Le deuxième endroit est la ferme de Joseph-Albert Dorion située sur la terre # 279 du cadastre de la paroisse de Saint-Eustache. La largeur de la terre s’étendait de la rue Dorion jusqu'à la rue Champagne d’aujourd’hui. En profondeur, elle partait de la rue Saint-Viateur jusque passé la Polyvalente de Saint- Eustache. La maison de ferme était située en plein centre de la rue Dorion, à la hauteur du # civique 189; elle sera déménagée plus tard au bout de la rue Albert. Les bâtiments de ferme, eux, se situaient au bout de la rue Albert.

Un jour de l’automne 1943, Joseph-Albert Dorion et son fils Léo sont malades et tous deux alités. Les travaux sur la ferme peuvent attendre mais pas les vaches, il faut les tirer, pardon, il faut les traire matin et soir donc, il faut trouver un moyen pour remplacer Joseph-Albert et Léo. Valida Paquin, la femme de Joseph-Albert, demande à son fils Maurice de l’aider à faire le train. Bien que handicapé depuis son jeune âge, ayant été atteint de paralysie infantile, Maurice accepte.

Deux jours plus tard Maurice n’en peut plus, ses doigts le font souffrir. Alors, il décide d’alléger son travail et celui de sa mère en achetant une machine pour extraire le lait du pie de la vache appelé trayeuse. Ce sera aussi un cadeau pour son père et son frère quand ils se rétabliront. C’est à la Shawinigan Water and Power, situé à l’entrée de l’hôtel de ville, que Maurice s’adresse pour acheter la trayeuse de marque Wood que lui vend Geoges-Henri Girard. L’installation doit avoir lieu le lendemain.

Remis plus vite que prévu, c’est Léo qui, le premier, se sert de cet appareil moderne qui peut traire deux vaches à la fois et ce, reliée directement à la canisse, pardon, à un bidon de huit gallons. Léo n’est pas au bout de ses peines car la plupart des vaches n’acceptent pas cette nouvelle façon de faire, pas plus que le bruit. Elles retiennent leur lait ou essaient d’arracher les tubes au moyen de leurs pattes arrière; c’est l’enfer et Léo en veut à Maurice pour cet achat.

Au bout de quelques semaines, les vaches s’étant habitué, Maurice eut droit à la reconnaissance des siens pour le magnifique cadeau qu’il leur fit un certain jour d’automne 1943. Comme le reste, la modernisation a un prix.

Ovila Villiotte
Société de généalogie de Saint-Eustache