Liste des chroniques

Les traverses de Saint-Eustache

Plusieurs se souviennent qu'avant que ne soit construit le pont Arthur-Sauvé à la fin des années 40, entre Plage-Laval et Saint-Eustache, un autre pont permettait de traverser la rivière. Le pont de Bellefeuille, fait de bois et très étroit, reliait le pied de la rue du même nom et l'île Jésus. Le socle de béton du côté de Laval existe d'ailleurs toujours, au bord de la rivière. Mais comment faisait-on pour traverser la rivière, avant que le premier pont ne soit construit?

Comme il en existe encore entre Laval-sur-le-Lac et l'île Bizard et entre Oka et Hudson, des traverses permettaient aux voyageurs d'aller d'une rive à l'autre du printemps jusqu'à l'automne. Durant les mois d'hiver, la glace permettait de traverser facilement la rivière. Deux traverses existaient à Saint-Eustache.

Une première était située à peu près là où se trouve aujourd'hui le pont Arthur-Sauvé. Elle reliait l'île Saint-Germain et le village de Saint-Eustache. L'île Saint-Germain n'existe plus aujourd'hui, depuis que le chenail qui la séparait de l'île Jésus a été comblé, là où il y a aujourd'hui un restaurant chinois. Elle était longue et étroite, allant de l'ancienne marina de Laval-Ouest jusqu'à la base de l'ancien pont de Bellefeuille.

Au début du 19e siècle, c'était l'arpenteur Hyacinthe Lemaire dit Saint-Germain qui en était propriétaire. Il fallait en effet obtenir du seigneur un droit d'opération d'une traverse. Comme celle-ci reliait deux seigneuries, deux permissions étaient donc nécessaires.

Le 2 février 1804, Lemaire décide de louer sa traverse à François Rochon, un maître-tisserand de Sant-Eustache. Pour un montant de mille livres pour toute l'année 1804, Rochon obtient le droit d'embarquer et de débarquer les voyageurs, ainsi que d'utiliser tout le matériel flottant de Lemaire, soit une yole, trois bacs et deux canots. Rochon devra payer son loyer par cinq versements de 200 livres par mois, au cours des mois de juin à octobre.

Il est stipulé au contrat que certaines personnes pourront traverser la rivière gratuitement, autant de fois qu'elles le désirent, soit le seigneur Dumont, monsieur Saint-Germain et le capitaine de la milice Étienne Doré. Des hommes devront se tenir des deux côtés de la rivière de jour comme de nuit, afin d'assurer que les voyageurs puissent traverser en tout temps sans attente.

Détail intéressant du contrat, Rochon s'engage à entretenir à ses frais toute la longueur du chemin qui va de la traverse jusqu'au chemin de la grande côte de Sainte-Rose, soit l'actuel boulevard Sainte-Rose. Il s'agissait là d'un travail considérable, étant donné que tout ce territoire était, au 19e siècle, un vaste marécage! La traverse sera opérée jusqu'à la fin des années 1820, lorsque le premier pont reliera les deux rives, construit par le seigneur Dumont.

Une autre traverse était située en bas du rapide du Grand-Moulin, entre le pied de l'actuelle 7e Avenue à Laval-Ouest et un endroit situé sur le chemin du Grand-Moulin à Deux-Montagnes, près de l'actuelle descente de bateaux. Cette traverse a d'abord été permise du côté de l'île Jésus, par une concession de l'année 1796 puis, du côté de Saint-Eustache, en 1802. Elle a été en opération jusqu'à la fin des années 1850.

Recherche et texte:
Marc-Gabriel Vallières
Société de généalogie de Saint-Eustache