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Un Polonais à Saint-Eustache

Nous croyons souvent qu'à l'époque du Régime français, il n'y avait que des Français en Nouvelle-France. Rien n'est plus faux! De nombreuses personnes originaires d'autres pays ont émigré ici bien avant 1760. Ainsi en est-il de Dominicus Bartzch, originaire de la paroisse de Sainte-Marie de Danzig, dans ce qui est aujourd'hui la Pologne. Son fils Dominique va devenir un des deux premiers marchands du village de Saint-Eustache, dans les années 1770.

Dominicus Bartzch, fils de Dominicus et de Dorothée Beniel, est né vers 1722 dans la colonie allemande de Danzig, mieux connue aujourd'hui sous le nom de Gdansk. C'est dans cette ville polonaise qu'est né, il y a plusieurs années, le syndicat Solidarnosc, qui a grandement contribué à la chute du régime communiste des pays de l'Est, il y a maintenant plus de dix ans.

On ne connaît pas la date exacte d'arrivée de Dominicus en Nouvelle-France, mais le 16 avril 1752, il signe un contrat de mariage devant le notaire Foucher de Montréal. Le 17 avril suivant, il épouse à l'église paroissiale Thérèse Filiau dit Dubois, fille du menuisier François Filiau et de Thérèse Vigor. Son métier est «marchand-pelletier», autrement dit négociant de fourrures.

Le couple a plusieurs enfants. Leur premier fils, prénommé Dominique comme son père est baptisé à Montréal le 13 janvier 1754. Il va suivre les trace de son père et devenir marchand. Il ajoute la particule «de» à son nom, mais les notaires vont vite écrire Debartzch en un seul mot. C'est lui qui vient s'établir à Saint-Eustache en 1776, à peine âgé de 22 ans. Ce qui est très curieux, c'est qu'il va tenter d'acquérir un très grand nombre de terres et d'emplacements autour du village de Saint-Eustache. Il se fait concéder au moins une douzaine de terres dans la Rivière-Nord, la Rivière-Sud, la Côte du Lac ainsi qu'à la rivière au Prince, dans ce qui deviendra la paroisse de Saint-Benoît. Il se fait aussi concéder un emplacement sur la rue Saint-Eustache, là où se trouve aujourd'hui le restaurant Au Biniou. Il acquiert aussi plusieurs autres terres en les achetant des cultivateurs.

Dominique Debartzch épouse Marie-Josephte Simon dit Delorme à Verchères le 18 avril 1779, après avoir signé un contrat de mariage le 30 mars devant le notaire Duvernay. Marie-Josephte est la fille de Jacques et de Marie-Josephte Joutras. Dominique Debartzch décède en 1782, à l'âge de 28 ans. En 1784 soit deux ans plus tard, son corps est exhumé du cimetière et amené à Saint-Eustache. Le 10 mars 1784, il est inhumé sous le plancher de l'église, devenant le premier personnage à y être enterré, depuis la construction du temple.

La manie qu'a Dominique Debartzch d'acquérir des terres va se transmettre à son fils unique, Pierre-Dominique, qui naît à Saint-Charles-sur-Richelieu en 1782, année de la mort de son père. Celui-ci, que son oncle maternel a envoyé étudier à l'Université Harvard de Boston, revient à Montréal et devient clerc de l'avocat Denis-Benjamin Viger en 1800. Il achète de nombreuses terres puis, en 1802, une partie de la seigneurie de Saint-Hyacinthe. Devenu avocat, il se lance en politique et est élu en 1809 à la Chambre d'Assemblée dans le comté de Kent, en compagnie de Louis-Joseph Papineau.

Le 25 juillet 1815, Pierre-Dominique épouse Josette de Saint-Ours, fille de Charles, le seigneur de Saint-Ours, sur le Richelieu. Il décède à Saint-Marc-sur-Richelieu en 1846, après avoir aussi acquis les seigneuries de Saint-François et de Cournoyer.

C'est ainsi que les descendants d'un émigré polonais de la Nouvelle-France ont marqué autant la petite histoire de Saint-Eustache que celle de la vallée du Richelieu.

Recherche et texte:
Marc-Gabriel Vallières
Société de généalogie de Saint-Eustache