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Des seigneurs parmi nos ancêtres (I)

L'intérêt manifesté par de nombreux lecteurs et lectrices pour l'article «Des rois parmi nos ancêtres», le 24 mars dernier, nous incite à continuer dans cette voie pour identifier nos ancêtres «célèbres» en leur temps. Voyons donc quels liens nous pouvons avoir avec la petite noblesse de la Nouvelle-France.

On a souvent tendance à penser qu'en Nouvelle-France, nos ancêtres étaient majoritairement des paysans, dominés par une classe de seigneurs issus de la vieille noblesse française. La réalité n'était pourtant pas aussi rigide. Contrairement à la France, de nombreux seigneurs de la vallée du Saint-Laurent étaient eux-mêmes d'anciens paysans. Prenons l'exemple de Toussaint Toupin, l'ancêtre de plusieurs Dussault et Toupin du Québec.

Né en France vers 1616, Toussaint Toupin arrive très tôt en Nouvelle-France et il épouse Marguerite Boucher aux Trois-Rivières en 1645. Devenu veuf, il épouse en 1669 Marie Bourdon, veuve du notaire Jean Gloria. Chose curieuse, le fils du premier mariage de Toussaint, Jean-Baptiste, épousera en 1669 Marie Gloria, la fille née du premier mariage de Marie Bourdon!

Vers 1647, Toussaint Toupin se fait concéder une terre de sept arpents de front par une lieue de profondeur dans le seigneurie de Beaupré, dans la paroisse du Château-Richer. Comme sa terre est située juste à côté de la rivière du Sault-à-la-Puce, on le surnomme «Toupin dit du Sault».

Le 3 novembre 1672, l'intendant Jean Talon concède à Toussaint Toupin et à son fils Jean-Baptiste une seigneurie, appelée Pointe-aux-Écureuils, d'une demi-lieue de front sur deux lieues de profondeur. Ce territoire, sur le côté Nord du Saint-Laurent, fait aujourd'hui partie de la municipalité de Donnacona, près de Québec. Les Toupin abandonnent alors le «dit» et se font désormais appeler «Toupin du Sault». Une grande partie des familles Toupin et Dussault ont ces seigneurs des Écureuils comme ancêtres. Curieusement, une autre famille Dussault, sans lien de parenté, va aussi habiter cette même seigneurie.

Il y a quelques années encore, un digne descendant de cette famille, qui tenait à la graphie «du Sault» écrite en deux mots, animait une vaste boutique d'antiquités dans le village de Deschambault, tout près de Donnacona, dans le même comté de Portneuf. Le pittoresque de ce personnage l'a rendu célèbre parmi les amateurs d'antiquités québécoises.

L'histoire de la seigneurie des Écureuils a été publiée, il y a plusieurs années, par un autre descendant, Eugène-F. Toupin-Dussault, sous le titre de «Les Toupin du Sault, sieurs de Bélair, seigneurs des Écureuils». Même si ce volume est aujourd'hui épuisé malgré ses deux éditions, il est possible aux généalogistes de le consulter dans de nombreuses bibliothèques, dont la Bibliothèque nationale du Québec.

Lorsque certaines de nos grands-mères nous disaient «nés pour un petit pain» et ne croyaient pas être «de la race des seigneurs», elle se trompaient bien, car de nombreux seigneurs font partie de l'arbre généalogique des Québécois.

Dans une seconde partie, nous parlerons d'une autre famille souche québécoise dont l'ancêtre était un compagnon de Champlain et qui est devenu seigneur de Beaupré. Un bon nombre d'entre nous possèdent quelques gênes de ce patriarche, sous le nom de Tardif.

Recherche: Jocelyne F. Trudeau
Texte: Marc-Gabriel Vallières
Société de généalogie de Saint-Eustache

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