Liste des chroniques

Céline Maisonneuve et Louis Gratton

La maison Graton
La maison Graton, au 340 de la rue Saint-Eustache (photo MGV, 1992)

Céline et Louis s’épousent à Saint-Eustache le 1er février 1785. Elle est la fille de François Maisonneuve et de Cécile Filiatro, tandis que Louis Graton est fils d’André et de Françoise Bélanger. Un mois après leur mariage, le jeune couple s’installe rue Saint-Eustache numéros civiques actuels 340-342), dans la résidence construite par Thérèse Maisonneuve et André Graton. Les deux soeurs sont mariées aux deux frères. François Maisonneuve, leur père, est un homme d’affaires reconnu dans le milieu. C’est l’homme de confiance du seigneur Louis-Eustache Lambert-Dumont qui lui octroie le contrat de construction du premier «moulin à bled» de la rivière du Chêne en 1762 et c’est en 1769 qu’il acquiert la terre sur laquelle sera construite la maison de sa fille Thérèse. À l’époque, la terre mesurait 3 arpents de front sur 20 de profondeur (approximativement de la rivière des Mille-Isle (rivière Jésus) à la rue Saint-Eustache, longeant la rue Féré).

La terre rapporte bien, le domaine sera agrandi, le 5 juin 1797. Louis achète d’Eustache-Nicolas-Lambert-Dumont, écuyer, une terre au nord de la petite rivière du Chêne, de six arpents de largeur sur trente de profondeur. Le prix est 4 500 livres, la livre de vingt coppres. Lors de la transaction, l’acquéreur a payé comptant 2 400 livres, en bonne monnaie d’or et argent. Le seigneur exige de la monnaie «solide». Tel qu’entendu, le premier mai de l’année suivante, Louis Graton acquitte le solde, soit 2 100 livres.

À cette époque, la situation financière et sociale des Graton semble vouée à un avenir prometteur, leurs acquis témoignent de leur aisance. La famille compte sept enfants vivants: Angélique, Marie, Louis, Cécile, Marguerite, François et André. Puis tout semble basculer. L’aube du dix-neuvième siècle apporte son lot de soucis, d’amertume et de chagrin. Cécile est malade. Elle est soignée par le docteur Gresingher, de Saint-Eustache. Elle décède le 13 juillet 1801.

Le 2 août 1802, Louis Graton, tuteur de ses sept enfants mineurs, fait une réquisition en partage. Chaque enfant a droit à un septième de l’héritage maternel. Marié en communauté de biens, l’époux doit d’abord acquitter les dettes. La machine administrative se met en marche et l’inventaire de tout le «patrimoine» est dressé par le notaire Pierre Rémy Gagné (min. 4070), ceci afin de préparer la vente aux enchères.

Cette douloureuse saga se termine le 15 mars 1803. Pendant près d’un an, la famille, en plus de pleurer le départ de la mère, doit subir la violation de sa plus stricte intimité. Les sept héritiers directs, les «hoirs», sont mineurs et doivent être protégés. Selon les lois de l’époque, les biens doivent être vendus afin d’assurer leur sécurité. Les biens immeubles des Graton consistent en deux terres contiguës; une maison en pierre de 30 pieds carrés, couverte en planche et bardeaux, garnie de ses planchers haut et bas de bois de sciage, de châssis vitrés et contrevents en bon état, etc. Les acquis du couple étaient impressionnants, il semblaient prêts à défier les avatars de la vie. C’était sans compter sur le grand départ de l’épouse et mère.

Que deviendra Louis Graton? Le 14 novembre 1807, il échange sa terre contre deux terres appartenant à John Chesser, marchand de Saint-Eustache. Ces terres situées à Saint-Benoît, au sud-ouest de la côte Saint-Louis, sur lesquelles se trouvent une maison et une grange en mauvais état.

(Extrait d’un article publié dans La Revue des Deux-Montagnes. «La Maison Graton», numéro 4, juin 1996, pages 77-93).

Vous qui passerez au Festival de la galette, au moulin Légaré, les 23 et 24 septembre prochains, ouvrez bien les yeux, Cécile Graton sera peut-être représentée pour vous raconter son histoire.

Marie-Michelle Renaud,
Société de généalogie de Saint-Eustache