Liste des chroniques

Les maisons d'ancêtres:
15. La maison Walker

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La maison Walker, au 1455 de la rue Principale, à Saint-Joseph-du-Lac (photo MGV, juillet 2000)

La communauté écossaise de notre région, depuis les années 1780, est issue de deux sources distinctes. Une première est composée de loyalistes qui sont venus au Bas-Canada pour fuir la guerre d'indépendance américaine. Fidèles à la couronne d'Angleterre, ils ont formé un groupe qui est demeuré homogène durant plusieurs générations. Très impliqués dans leur pratique religieuse protestante, ils se sont opposés aux catholiques du comté, donc à la population francophone.

D'autres écossais, par contre, sont venus au Bas-Canada directement d'Écosse, pour fuir la répression exercée dans leur pays par la domination de l'Angleterre. Ceux-ci se sont souvent mêlés à la population française du pays et de nombreux mariages mixtes ont été célébrés.

Ainsi en est-il de la famille Walker, de Saint-Joseph-du-Lac. La maison de pierre ancestrale de cette famille est située au 1455 de la rue Principale, près de la montée McColl. Une date, gravée au dessus de la porte d'entrée, nous indique qu'elle fut bâtie en 1829. Voyons plus en détail son histoire.

Le 7 octobre 1828, James Walker, cultivateur et commerçant, signe un contrat avec Eustache et Pierre Lebrun dit Saint-Antoine, tous deux maçons de Saint-Eustache, pour lui construire les murs de pierre d'une maison, sur la devanture de sa terre. En plus de donner les dimensions de la maison, le contrat mentionne que les murs extérieurs devront être crépis, afin d'être par la suite blanchis à la chaux. De plus, des cavités devront être réservées dans l'épaisseur des murs à l'intérieur de la maison, afin d'y aménager des armoires encastrées. Les travaux devront débuter à l'automne, de façon à ce que les murs du rez-de-chaussée soient érigés avant l'hiver, et se continuer au printemps suivant. Pour leur ouvrage, les maçons recevront sept cents livres: soixante-douze durant l'automne, cent à Noël et le restant selon l'avancement des travaux. Le sieur Walker devra aussi fournir tous les hommes dont les maçons auront besoin, de même que les matériaux.

Les travaux de maçonnerie prennent cependant une année complète pour être terminés. Le 25 février 1830, James Walker signe un autre contrat avec le menuisier François Fortier de la côte Saint-Joseph. Celui-ci devra réaliser les six armoires prévues dans la muraille, fabriquer et installer huit chassis "à l'anglaise", ériger les cloisons intérieures, installer un escalier et faire de nombreux autres travaux de menuiserie pour la maison et le magasin.

James Walker ne profite malheureusement pas longtemps de sa grande maison. Le 12 août 1832, pendant l'épidémie de choléra qui sévit au Bas-Canada, il décède de cette maladie. Le 7 janvier 1833, l'inventaire de ses biens est dressé devant notaire, à la demande de sa veuve Elizabeth Stiret et en présence de deux témoins: son voisin Alexander McColl et le maître de l'école anglaise de Saint-Joseph, Stafford McCarley. On y mentionne que sur la terre de la côte Saint-Joseph, en plus de la nouvelle maison de pierre, il y en a une autre en bois, en plus de deux granges, une étable, une écurie et une remise. En plus de cette terre, Walker possédait aussi six autres terres à Saint-Joseph, ainsi que les droits de coupe de bois sur la terre de Léonard Campeau.

James Walker n'est pas le seul de sa lignée à s'être fait bâtir une maison de pierre dans la région. Son fils Robert, établi à Saint-Benoît, se fera lui aussi construire en 1847-48 une maison de maçonnerie par Eustache Lebrun dit Saint-Antoine, celui-là même qui avait travaillé pour son père, près de vingt ans plus tôt. Chose curieuse, ce contrat-là ne devra pas être payé seulement en argent sonnant, mais aussi en blé, en pois et en cochons!

Notons que même si les Walker n'habitent plus Saint-Joseph-du-Lac, il reste aujourd'hui encore plusieurs représentants de cette famille à Saint-Eustache, Deux-Montagnes, Saint-Augustin et Sainte-Marthe-sur-le-Lac.

Recherche et texte: Marc-Gabriel Vallières

Quelques références: