Liste des chroniques

Fenêtre sur le passé (1910)
Les chemins

Il fut un temps où l’habitant de la terre s’occupait de la construction et de l’entretien du chemin qui le desservait. Il devait aussi construire et entretenir les ponceaux, remplir les bas-fonds et les ornières avec de la pierre de différentes dimensions. Ces pierres provenaient le plus souvent de la terre, c’était la charrue qui les extirpait puis, au moyen d’un traîneau (stone boat), on les transportait pour en faire des clôtures entre les pièces. Quand on en avait besoin pour les chemins, on les cassait à force de bras, à la masse ou au marteau et on les transportait en tombereau, là où ils en avaient besoin.

C’est en 1857 que l’on réglemente la bonne tenue et l’entretien des chemins dans la municipalité de Saint-Eustache. En 1859, le règlement numéro 12 abolit les procès-verbaux antérieurs et détermine la nouvelle manière de procéder. En 1871, la municipalité passe le règlement no 35 pour faire travailler la montée du Domaine (boulevard Arthur-Sauvé), par journée de corvée pour ensuite la macadamiser. En 1874, c’est au tour de la montée Féré d’être macadamisée ainsi que tous les chemins de front de la Grande Côte, depuis l’emplacement d’Alexis Danis jusqu’aux terrains des héritiers Phoébé Aubé et François Fillion, à l’extrémité de la paroisse. En 1879, les habitants de la Grande Fresnière et le sud de la Petite Rivière du Chêne roulent à leur tour sur le macadam.

Je ne peux énumérer tous les règlements passés par la municipalité de cette époque, mais je me dois de vous citer le règlement numéro 113, passé en 1910, qui se lit comme suit: «Règlement stipulant les conditions d’utilisation du concasseur et de l’engin à vapeur pour l’entretien et la confection des chemins.» Voici un extrait abrégé du registre des délibérations municipales du 5 décembre 1910.

Le conseil municipal est composé du maire Aglibert Théorêt et de Messieurs les conseillers Exalapha Demers, Ludger Paquette, Hormidas Dumoulin, Adélard Duquette et Wilfrid Lefebvre.

Exalapha Demers propose, secondé par Adélard Duquette, que le règlement suivant soit adopté:

Règlement numéro 113
«Attendu que cette municipalité a fait l’acquisition d’un concasseur et engin à vapeur pour la confection et l’entretien de ses chemins, tant dans les routes que dans les chemins de front appartenant aux contribuables...»

Nous avons obtenu deux magnifiques photos de ce temps passé. La première est l’immense rouleau à vapeur, avec les employés de la voirie, prise vers 1920, sur le rang du Lac où sont alignés devant: Prosper Ismaël et Adonel Langlois, Georges Évariste et Calixe Lamanque, Josaphat Legault, Rémi Charette, Alfred Villeneuve, contremaître, et autres... Sur la deuxième photo, on retrouve le rouleau à vapeur, le concasseur et neuf attelages pour transporter la pierre. Cette dernière photo est prise dans le Chicot Sud. C’est au même endroit, plus précisément à l’orée du bois, face à la chapelle Desormeaux, que le concasseur dévoré par la corrosion finit ses jours.


Collection Société des Archives historiques de Saint-Eustache. Don de la famille J. Eustache Prud'homme

Comme des photos arrivent jusqu’à nous? Un de nos membres, Yvon Carrières, qui a épousé en secondes noces Claire Prud’homme, me parle de ces photos. Démontrant mon intérêt, Laurent, frère de Claire, me rencontre avec ces mêmes photos qu’il a obtenues de sa soeur Hélène, qui elle les a obtenues de sa mère, Clérilda Taillefer, épouse de J. Eustache Prud’homme. Clérilda se souvient de la date approximative des prises des photos, alors qu’elle n’était pas mariée (1922), car leur cheval avait pris l’épouvante en entendant venir l’engin à vapeur.

Hommage à nos cantonniers d’antan!

Source: archives de la Ville de Saint-Eustache et famille Prud’homme.

Claude Latour,
S.A.H.S.E.