Liste des chroniques

HISTOIRE DE NOS FAMILLES

Fenêtre sur le passé (1955)

Le 9 septembre 1950, ayant épousé une Montréalaise, je deviens citadin pour une période qui dure environ dix ans. Vers 1955, j’habite le nord de Montréal et je suis associé à un nommé Paul Goupil, originaire de Giffard en banlieue de Québec. Nous sommes entrepreneurs en menuiserie et travaillons sous la raison sociale de Goupil et Latour enr. Les contrats ne manquent pas pour nous, surtout dans le secteur de Saint-Michel.

Alfred Laliberté (Source: BNQ)Un jour, à l’été 1954, une dame nous fait venir pour des réparations dans sa maison située au 3531, rue Sainte-Famille. Quelle surprise de se retrouver dans le logement qui est aussi l’atelier d’Alfred Laliberté, peintre et sculpteur. Le plancher, situé entre le rez-de-chaussée et l’étage, a été enlevé, ce qui en fait une immense pièce d’une hauteur surprenante, avec de grandes fenêtres inclinées, laissant pénétrer la lumière nécessaire à l’artiste. La cuisinière, le réfrigérateur et les meubles se confondent parmi les immenses toiles et les sculptures de plâtre, de bronze ou de bois. Les mezzanines qui nous entourent sont aussi bien remplies. La veuve d’Alfred Laliberté, Jeanne, vit dans ce lieu et, malgré tous les problèmes que lui a causés son homme artiste, elle est fière de lui. Les travaux terminés, en plus de notre cachet, elle nous remet des photos de quelques-unes de ses oeuvres, dont le monument à la mémoire de Sir Wilfrid Laurier à Ottawa. Ces dites photos sont signées de la main de l’artiste.

Un autre jour, nous sommes appelés à agrandir l’arrière d’un triplex situé dans la rue Saint-Denis, entre les rues Guizot et Liège, pour un monsieur Gignac. Au cours des travaux, nous recevons la visite d’un certain Louis Quillico, le deuxième voisin, qui nous demande d’effectuer certains travaux à son magasin et atelier de réparation de bicyclettes, situé dans le sous-sol de sa maison. Son expérience vient du fait d’avoir travaillé pour son père qui possède un des plus gros magasins spécialisés en la matière dans le bas de la ville puis, par la suite, à Saint-Michel. Louis est un homme simple, il est marié à Lina Pizzolongo, il étudie le chant classique et se destine vers l’opéra.

Louis Quillico, en novembre 1999Jeune, Louis Quillico vient dans la région, car son amie de coeur est parente du restaurateur Pizzolongo, dont le restaurant est situé en arrière de la pharmacie Lussier à Plage-Laval (Laval-Ouest), là où l’autobus Provincial fait un détour pour prendre les passagers de l’endroit. A ce moment-là, c’est une place d’été. À cette époque, Louis n’a aucune formation musicale, mais Lina Pizzolongo est pianiste de concert et c’est elle qui découvre ses talents et l’encourage à atteindre les grands horizons.

Les travaux terminés, on se perd de vue, puis, un beau jour, on se rencontre à nouveau. Il arrive directement de New York, mais n’a pas changé. Il est resté simple. Je lui achète son auto, un coupé sport Chrysler Highlander américain (fluid-drive), de couleur grise. Comme de part et d’autre il nous est impossible de se libérer le jour pour effectuer le changement d’immatriculation, nous partons donc en tramway, un certain soir, en direction Longueuil où le bureau d’immatriculation est ouvert. Louis porte la barbe, car il doit tenir le rôle principal dans Mme Butterfly. Je garde un bon souvenir de cet homme jovial que les gens de mon âge ont sûrement croisé, un jour ou l’autre, sans le savoir, dans un restaurant ou dans un magasin général ici, dans notre région, à la fin des années 1940.

À lire: Alfred Laliberté et Les Quillico, deux biographies disponibles dans nos bibliothèques.

Ovila Villiot,
S.A.H.S.E.