Liste des chroniques

Les maisons d'ancêtres:
12. La maison d'Édouard Lauzon

La vieille demeure que nous évoquons aujourd’hui rappelle la mémoire d’une autre famille qui a donné plusieurs meuniers à la vie de Saint-Eustache: les Lauzon. Elle est située au 763 du chemin Rivière-Sud et servait de résidence au meunier qui opérait un moulin à farine aujourd’hui démoli, du côté sud de la petite rivière du Chêne, près du petit pont de la montée Lauzon. Il s’agissait, bien sûr, du moulin Lauzon.

L’histoire de cette portion du territoire de Saint-Eustache est très ancienne. La terre 247, dont faisait partie le lot 248 où a été construit le moulin, a en effet été concédée avant même que le Canada ne soit officiellement cédé à l’Angleterre par la France par le traité de 1763. C’est en mars 1761 qu’elle est accordée au cultivateur François Rouleau, fils de Jean-Baptiste Rouleau. Pendant le siècle qui suit, elle est occupée par plusieurs familles, dont les Brayer dit Saint-Pierre et les Rochon.

En mars 1856, Alexandre Rochon, qui possède la terre 247, vend au meunier Grégoire Lauzon la portion de terrain située entre le chemin et la rivière, pour que ce dernier puisse y construire un moulin.

La famille Lauzon se consacre à la meunerie depuis déjà longtemps. Le père, Pierre, qui a épousé Marie-Anne Matte, est meunier pour les seigneurs de Saint-Eustache. Un de ses fils, Grégoire, qui a épousé Antoinette Fisher à Saint-Eustache en 1834, est meunier dans la paroisse de Saint-Janvier. Un autre fils, Édouard, qui a été baptisé en 1817 et qui a épousé Delphine Tison, fille de Fleury Tison, à Saint-Eustache en 1848, est quant à lui meunier au Grand-moulin de la rivière des Mille-Îles.

En 1856, Grégoire Lauzon signe un marché de construction avec Prosper Sanche, de Sainte-Thérèse-de-Blainville, pour la construction du moulin au bord de la rivière. Pendant ce temps, Grégoire est toujours meunier à Saint-Janvier. Cinq mois plus tard, alors que le moulin vient à peine d’être terminé, il le vend à son jeune frère Édouard, qui quitte alors le Grand-moulin pour travailler pour son propre compte. Il faut noter que les années 1850 marquent un point tournant pour la meunerie dans la vallée du Saint-Laurent. L’acte seigneurial de 1854 vient tout juste d’abolir le monopole qu’avaient les seigneurs sur l’opération des moulins. Il devient donc possible à un jeune entrepreneur de posséder un moulin.

On suppose que la maison qui existe toujours au 763 de chemin Rivière-Sud, au coin de la montée, a été construite à peu près à ce moment par Édouard Lauzon pour se loger ainsi que sa famille. Après le décès de Delphine Tison, Édouard se remarie en 1866 avec une autre Tison, Sophie, soeur de sa première épouse.

En 1885, se sentant probablement trop âgé pour continuer à opérer lui-même le moulin, Édouard Lauzon décide de le louer à un jeune meunier: Magloire Légaré! C’est donc dans le moulin de la Rivière-Sud que ce dernier va faire ses premières armes, avant de devenir le plus célèbre meunier de l’histoire de Saint-Eustache. L’année suivante, Lauzon vend le moulin à Napoléon Boivin, déjà meunier à l’île Bizard, puis prend sa retraite au village de Saint-Eustache, dans une petite maison située au coin des rues de Bellefeuille et Lemay, sur le site plus tard connu par le magasin Brodkin. Il y décède en 1889.

Deux meuniers se succèdent ensuite au moulin Lauzon, Napoléon Boivin et Narcisse Laurin, mais suite à des difficultés financières, le moulin est repris par la succession d’Édouard Lauzon, qui le revend au meunier Alix Raby en 1906. Celui-ci sera le dernier meunier du lieu, puisqu’il cesse d’opérer le moulin entre les deux guerres mondiales.

Recherche et texte: Marc-Gabriel Vallières

Quelques références: