Liste des chroniques

HISTOIRE DE NOS FAMILLES

Les maisons d'ancêtres

11. La boulangerie David-Bélisle

Note: le typographe a quelque peu charcuté le présent article dans L'Éveil et y a rendu le premier paragraphe inintelligible. Vous trouverez ici le texte complet...

La réouverture récente d'une boulangerie dans le haut du village nous fournit l'occasion d'en examiner l'histoire. Elle nous permet de remonter aux premières années de l'établissement du bourg de Saint-Eustache.

La boulangerie d'origine n'était pas opérée sur son site actuel, au bord la rue Saint-Eustache, mais bien à l'arrière, là où se situe aujourd'hui une partie du terrain de stationnement du centre d'art de la petite église. Il s'agissait d'un terrain carré, d'un arpent de côté, situé derrière les habitations de la rue Saint-Eustache, et qui avait front sur une rue aujourd'hui disparue, là où se trouvent maintenant les maisons de la rue Renaud.

C'est en 1781 que cet arpent carré est concédé à Nicolas Réaume. Dans son livre terrier, le seigneur Dumont le nomme un peu cavalièrement "le vieux Réaume". Après avoir été repris par le seigneur, le terrain est re-concédé à un autre occupant avant d'être vendu à l'encan par le shérif en 1811.

C'est à ce moment que vient s'y établir le patriarche d'une famille qui deviendra importante dans l'histoire architecturale de la région: les Gosselin. Cette famille va donner à Saint-Eustache plusieurs générations de maçons qui vont ériger dans les années 1800 un très grand nombre de maisons de pierre. Déjà maître-maçon en 1811, Jean-Baptiste Gosselin arrive du Sault-au-Récollet où il exerçait déjà son métier.

C'est en 1836 que Jean-Baptiste Gosselin vend le terrain à Toussaint Goyer dit Bélisle, alors cultivateur. Il est à noter Jean-Baptiste Gosselin avait épousé en 1821 à Saint-Eustache Marie-Louise Goyer, la demie-soeur de Toussaint. Le terrain restait donc dans la famille. Toussaint Goyer décide alors de devenir boulanger. Il est à noter que lors de son achat du terrain et de la maison qui s'y trouve, il est mentionné qu'il y a aussi un four sur le terrain. Un mois plus tôt, soit en août 1836, Toussaint Goyer dit Bélisle avait épousé Artémise Rochon à l'église de Saint-Eustache.

En 1872, la boulangerie étant bien établie depuis de nombreuses années, Toussaint Goyer la donne à son fils David, qui travaille déjà comme boulanger avec son père. Cette donation s'effectue une semaine avant que David Goyer n'épouse Cordélia Lapointe.

Le 17 avril 1910, lors du grand incendie du haut du village, la boulangerie est consumée, comme beaucoup d'autres résidences et boutiques d'artisans. Pourtant âgé puisqu'il opère la boulangerie depuis près de quarante ans, David Bélisle a le courage de la reconstruire. Plutôt que de continuer à accéder à la boulangerie par une rue située à l'arrière, il achète des mains de Félix Brunelle une lisière de terrain allant jusqu'à la rue Saint-Eustache et y érige sa maison et un nouveau four à l'arrière.

David Bélisle anime la boulangerie jusqu'à son décès, survenu en 1923. C'est donc pendant cinquante et une années qu'il aura nourri les eustachois. Mais ce n'est pas là un record car sa veuve, Cordélia Lapointe, y demeure encore jusqu'en 1938. Il y avait alors soixante-six années qu'elle y était boulangère, même si on peut supposer que d'autres travailleurs opéraient les lieux durant les dernières années.

En 1939, la succession de Cordélia Lapointe et de David Goyer dit Bélisle vend la maison et la boulangerie à Raymond Thisdel, boulanger de Montréal. En l'an 2000, grâce aux efforts de messieurs Saint-Pierre, père et fils, la boulangerie artisanale reprend du service et continue une tradition plus que centenaire, dans le haut du village de Saint-Eustache!

Recherche et texte: Marc-Gabriel Vallières
Société de généalogie de Saint-Eustache