Liste des chroniques

Les maisons d'ancêtres:
10. La maison du meunier

La maison du meunier

Il y a quelques années, une petite maison du haut du village a été surnommée "La maison du meunier" pour rappeler la mémoire du meunier Magloire Légaré qui l'a habitée quelques années avec sa famille, il y a maintenant un siècle. Elle est située au 290 de la rue Saint-Eustache, au delà de la petite église presbytérienne.

L'histoire du lieu commence en 1792, quand le seigneur Louis-Eustache Lambert-Dumont concède à son fils Eustache-Nicolas tout le terrain situé entre le chemin et la rivière du Chêne. Ce terrain correspond aujourd'hui aux trois maisons situées aux 278, 284 et 290 de la rue Saint-Eustache. En 1798, Dumont revend le terrain au marchand John Chesser, qui habite depuis deux ans une maison qu'il loue d'Eustache Dumoulin dans la Grande-Côte.

Chesser habite probablement le terrain de la rue Saint-Eustache pendant quelques années, puisqu'il le revend en 1810, peu après avoir fait l'acquisition et avoir agrandi la maison situé plus haut, aujourd'hui appelée maison Gratton, au 338 rue Saint-Eustache. C'est le maître-tanneur George Phillips qui va installer sa tannerie entre le chemin et la rivière. Il va y demeurer avec son épouse Marie Prud'homme pendant près d'un demi-siècle. Certains indices nous laissent croire que la résidence du tanneur était située à l'extrémité Est du terrain, alors que la tannerie occupait le bord de la rivière.

En 1855, âgé de 73 ans, George Phillips abandonne son métier de tanneur. Il vend alors les deux-tiers de son terrain au meunier Charles Bouchard, ne conservant que sa maison. C'est donc dès 1855 qu'un premier meunier va posséder ce lieu!

George Phillips vend finalement sa maison et le dernier bout de terrain qu'il lui reste en 1862. Lui et son épouse Marie Prud'homme s'éteignent en 1869 à quelques semaines d'intervalle. Il était âgé de 87 ans alors que son épouse en avait 73.

Le meunier Charles Bouchard n'habite pas le terrain qu'il a acheté en 1855, puisqu'il le revend en 1856, sans y avoir construit de maison. Il est probable que Bouchard ait travaillé au moulin du village, puisque le recensement de 1851 nous indique qu'il y habite avec son épouse Marie-Anne et leurs trois enfants, ainsi qu'avec son frère cadet Olivier, apprenti-meunier.

Au moins huit propriétaires vont ensuite posséder le terrain pendant quarante ans, dont le voiturier Séraphin Bélisle de 1860 à 1884. C'est probablement lui qui construit les deux maisons aujourd'hui situées aux 284 et 290 rue Saint-Eustache.

Magloire Légaré (1864-1924)

En 1896, c'est le meunier Magloire Légaré qui achète la maison située à l'extrémité Ouest du terrain original, des mains du notaire Cyrille Champagne. Il doit lui payer la somme de 440 dollars pour la maison! Magloire Légaré agrandit la maison en lui ajoutant une "boutique" du côté Est, qui existe encore aujourd'hui, sous la forme d'un "bas-côté".

Virginie Villiotte dit Latour (1869-1963)

Magloire et son épouse Virginie Villiotte dit Latour habitent la maison avec leur famille jusqu'en décembre 1901. C'est donc dans cette maison qu'a vu le jour Donat Légaré en 1900, de même que ses frères Adélard en 1897 et Albert en 1898.

Même s'ils n'ont pas habité la maison très longtemps, soit un peu moins de six ans, les Légaré ont marqué la vie du village de Saint-Eustache tout au long du vingtième siècle: Magloire et ses fils au moulin à farine, Émile et ses fils au moulin à scie. Avec le nom des Légaré laissé au petit moulin de la rivière du Chêne, la "Maison du Meunier" constitue un souvenir tangible de cette grande famille de Saint-Eustache.


Quelques références:

Recherche et texte: Marc-Gabriel Vallières