Liste des chroniques

HISTOIRE DE NOS FAMILLES

La Nouvelle-France de nos ancêtres

Au XVe siècle, un conflit Europe-Asie provoque une crise économique en Occident. Compte tenu de récentes découvertes technologique (astrolabe, boussole, incluant la caravelle), les pays européens, en bordure de l’Atlantique, naviguent à la recherche d’une nouvelle route pour atteindre l’Orient. Très vite trouvée, en contournant l’Afrique, ce trajet, au lieu de satisfaire les besoins réels, aiguisera l’appétit de conquêtes des monarchies exploratrices. Les nouveaux territoires découverts appartiendront, dorénavant, au roi conquérant qui accaparera les richesses naturelles, lesquelles, ramenées en Europe, y seront transformées et commercées. Ainsi apparaît le colonialisme bien enrobé de mercantilisme. La métropole aura toujours priorité sur ses colonies qui existent uniquement en fonction de l’enrichissement du propriétaire européen.

C’est dans ce contexte que nos ancêtres débarquent en Nouvelle-France. La mère-patrie désire se financer, refuse toutes initiatives économique, politique ou sociale de la part des colons. Les marchands responsables du transport et du bien-être des arrivants ne rempliront pas leurs obligations afin de ne point nuire à leurs profits.

Débarqués à Québec, puis Trois-Rivières et Montréal, ces gens seront laissés à eux-mêmes. Le gouverneur, représentant du roi de France, doit conclure des traités avec des autochtones nomades et les Hurons afin d’assurer la livraison des fourrures, produit essentiel au rendement économique de la compagnie détentrice du monopole royal. Nos ancêtres s’installeront, exploreront, cultiveront, défendront leurs terres contre Iroquoiens et Anglais, bref, ils bâtiront un pays.

Répartis le long du grand fleuve et autres rivières, organisant les seigneuries, évoluant dans un rapport «devoir-obligation» entre seigneur et censitaire, ce petit peuple est devenu grand. Le père Vimont, dans son sermon, lors de la première messe sur l’île de Montréal, avait présagé «ce petit grain de sénevé jeté en terre deviendra un grand arbre!» C’était en 1642.

Le besoin effréné qu’ont les métropoles de s’enrichir provoquera des conflits armés tant européens que coloniaux. La Nouvelle-France, immense géographiquement, chétive sur le plan démographique, économiquement très pauvre, n’ayant aucun financement réel (nos ancêtres utilisaient la monnaie de carte, sans valeur d’échange), avait un voisin bien structuré, très peuplé, ayant une économie diversifiée, la Nouvelle-Angleterre.

Sur une période de cent cinquante ans et quelques poussières, la Nouvelle-France fut impliquée dans cinq guerres européennes échelonnées sur plusieurs années. Plus convaincus de défendre le pays que ne l’étaient les administrateurs européens, nos ancêtres durent courber l’échine et accepter la défaite.

Le dernier conflit armé provoquera la chute du «colosse aux pieds d’argile». C’était en 1763. Abandonnés de la mère-patrie, coupés de leurs racines, devenus étrangers sur leur propre territoire, nos ancêtres, contre vents et marées, survécurent et assurèrent un peuplement permanent. Ils nous léguèrent ce patrimoine enraciné au plus profond de chacun d’entre nous, notre culture!

Pour ceux qui seraient intéressés, dans vos bibliothèque locales, vous pourriez consulter certains ouvrages de Robert-Lionel Seguin traitant de la Nouvelle-France. Ses travaux concernent la plupart des domaines scientifiques de culture traditionnelle. Entre autres, La vie libertine en Nouvelle-France au dix-septième siècle tomes 1 et 2; Le costume civil en Nouvelle-France; La danse traditionnelle au Québec, etc.

De plus, dans un autre ordre d’idées, si le désir vous pourchasse, et, la curiosité aidant, il vous serait possible de localiser l’établissement initial de votre ancêtre, à la condition, bien entendu, qu’il soit installé en 1663. Marcel Trudel, alors titulaire de recherche à l’Université d’Ottawa, a publié, en 1973, Le terrier du Saint-Laurent (1663). Inventaire complet, riche d’information. Bonne lecture.

Marie-Michelle Renaud
Société de généalogie de Saint-Eustache
http://www.linfonet.com/gene/accueil.html