Liste des chroniques

HISTOIRE DE NOS FAMILLES

Les Gravel de Château-Richer

Yvon Bergeron

«Je chante Joseph Gravelle, le premier de ceux qui nous ont donné une patrie, une histoire, un devoir.» Une famille ne saurait rendre plus touchant hommage à son ancêtre. On trouve cette inscription sur la maison des Gravelle, à Château-Richer, sur la côte de Beaupré, depuis le 24 juin 1966. Elle porte la signature de l’abbé Pierre Gravel, alors curé de Boischatel. Elle traduit bien l’attachement profond des Québécois à leurs origines.

On ne sait malheureusement pas de quel bourg de France nous est venu ce pionnier; certains le prétendent d’origine bretonne, mais lorsqu’il reçoit la confirmation à Château-Richer, le 2 février 1660, en même temps que plus d’une centaine d’autres adultes de la côte, on le dit de Normandie. Le généalogiste René Jetté croit qu’il est peut-être Percheron. Est-il recruté par Robert Giffard? Possible.

En tout cas, Joseph-Massé Gravelle dit Brindelière arrive célibataire en Nouvelle-France. Le dimanche 1er mai 1644, à Québec, en la chapelle Notre-Dame-des-Anges, le père Jacques de la Place, jésuite, béni son union avec Marguerite Tavernier, fille d’Éloi et de Marguerite Gagnon. Le célébrant est arrivé à Québec en même temps que Jeanne Mance, en 1641, à bord du premier des deux navires qui amènent les colons chargés de la fondation de Ville-Marie.

Âgée d’environ 17 ans, Marguerite Tavernier est la nièce des trois frères Gagnon, Mathurin, Jean et Pierre, qui dotent la colonie d’une abondante progéniture. Le premier, d’ailleurs, assiste au mariage, ainsi que deux personnages qui s’emploient à peupler la colonie: Noël Juchereau des Châtelets et Pierre LeGardeur, de Repentigny.

En 1650-1651, une vingtaine de concessions forment le noyau de la future paroisse de Château-Richer. Parmi les colons qui bénéficient de ces concessions figure Joseph-Massé Gravelle. Il a pour voisins deux autres pionniers qui enracinent des lignées prometteuses: Zacharie Cloutier et François Bélanger. Gravelle et Bélanger conviennent de s’entraider. Ils défricheront conjointement la terre du second, puis celle du premier. Mais quand survient le moment pour Bélanger de respecter son engagement, il se défile, et le différend finit par se régler par-devant le notaire Claude Auber; Bélanger verse à Gravelle une somme de 100 livres par arpent défriché.

Le couple Gravelle/Tavernier a 12 enfants, dont deux couples de jumeaux, probablement une première en Nouvelle-France.

C’est un pionnier qui jouit de l’amitié et de la confiance générale, même si ses relations avec son voisin François Bélanger ne sont pas toujours au beau fixe. On lui confie pendant plusieurs années la responsabilité de marguillier. Dès 1661, il vend la part qu’il possède dans une maison de Québec appartenant également aux trois frères Gagnon, sans doute parce qu’il décide de finir ses jours sur la côte de Beaupré. Il s’emploie non seulement à augmenter son patrimoine mais à établir ses fils. Il partage les joies et les peines de ses amis; on retrouve son nom ici et là dans les registres de l’état civil.

Quand Martin Prévost, veuf d’une Abénaquise, épouse la mère du découvreur Louis Joliet, il est témoin au contrat de mariage. Il en sera ainsi quand Louis, le fils de Martin, prendra pour compagne de vie Françoise Gagnon, la fille de Mathurin.

Joseph-Massé Gravelle, l’ancêtre de tous les Gravel de l’Amérique du Nord, meurt à Château-Richer en 1686, léguant à ses descendants le souvenir d’un vaillant pionnier.

À suivre.
Recherche et texte: Yvon Bergeron,
Société de généalogie de Saint-Eustache,
Saint-Eustache (Québec) J7R 2K5
http://www.linfonet.com/gene/accueil.html