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HISTOIRE DE NOS FAMILLES

D'autres Raymond

Marc-Gabriel Vallières

Lorsque nous étudions l'histoire de notre famille, il faut être prudent. Ce n'est pas parce qu'un individu portant le même patronyme est arrivé en Nouvelle-France il y a trois cents ans que nous descendons directement de lui. La famille Raymond en est un bon exemple.

Dans un récent article intitulé Phocas devient Raymond, nous avons vu que des documents de l'Institut généalogique Drouin relataient que l'ancêtre de la famille Raymond était Romain Phocas, arrivé à Kamouraska en 1708. Mais attention: tous les Raymond du Québec ne sont pas ses descendants! Un autre Raymond est arrivé de Suisse au tout début du dix-neuvième siècle et s'est établi dans la région de La Prairie. Son petit-fils épousera d'ailleurs la petite-fille d'un cultivateur de Saint-Eustache, William Thompson. Voyons quelle est l'histoire de ce Raymond.

Pour mieux comprendre son arrivée au Québec, nous devons remonter un peu dans l'histoire européenne. En 1781, un régiment est formé dans le canton suisse de Neuchâtel, sous la direction du comte Charles de Meuron. Comme beaucoup de régiments de l'époque, il s'agit d'un régiment mercenaire, qui offre ses services aux différentes nations. Son premier contrat est de protéger les établissements de la Compagnie des Indes néerlandaises, d'abord au Cap de Bonne-Espérance, au sud de l'Afrique, puis dans l'île de Ceylan, au sud de l'Inde.

En 1795, les Britanniques envahissent Ceylan et capturent le régiment de Meuron. À partir de ce moment, les soldats neuchâtelois travailleront pour les Anglais. C'est à ce titre qu'au mois de mai 1813, le régiment est envoyé au Canada pour combattre les Américains, dans ce que nous appelons maintenant la guerre de 1812-1815. Après la fin des hostilités, de nombreux soldats obtiennent leur congé et restent au Canada. Nombre d'entre eux iront s'établir dans la région de la Rivière-Rouge, au Manitoba.

Le 10 juillet 1808, alors que le régiment de Meuron est stationné en Europe et aide les Anglais à combattre les troupes napoléoniennes, Joseph-Marie-Alexandre Remond s'y joint à titre de simple soldat. Il a donc déjà cinq ans de service lorsque le régiment arrive au Canada. Le 26 avril 1815, il obtient son congé du régiment et s'établit dans la région de La Prairie. Il devient boulanger dans la paroisse de Saint-Philippe, où il rencontre Angélique Gosselin. Le couple a déjà deux enfants lorsqu'ils s'épousent le 12 mars 1817 à l'église de Saint-Philippe-de-La Prairie. À cette occasion, le patronyme Remond est modifié pour s'écrire désormais Raymond. Alexandre enjolive aussi un peu la réalité puisqu'il s'y présente comme ancien sergent dans le régiment de Meuron. Les archives du régiment nous montrent cependant qu'il n'a jamais eu ce grade et qu'à son congé, il était toujours simple soldat!

En 1829, Alexandre Raymond expédie une requête au gouverneur du Bas-Canada. Lorsque les soldats anglais ou allemands quittaient leur régiment et s'établissaient au pays, ils avaient généralement droit à l'octroi d'une terre de la part du gouvernement. Or, Alexandre n'avait pas demandé de telle terre en 1815, lors de son départ de l'armée. Vu son âge avancé et désirant établir ses enfants, il demande maintenant à obtenir une terre dans le canton d'Hemmingford.

N'ayant pas obtenu de réponse satisfaisante, il réitère sa demande en 1836, pour avoir cette fois une terre dans le canton de Kilkenny, dans les Basses-Laurentides. Les archives gouvernementales ne nous indiquent pas s'il a finalement obtenu satisfaction.

En 1832, Marie-Louise Raymond, fille du soldat Alexandre, épouse Hyacinthe Guérin à La Prairie. De ce couple naît en 1840 Alphonse Guérin, qui épousera en 1859 Sophie-Caroline Thompson. Cette dernière était la fille de John Thompson, imprimeur à Montréal, né à Saint-Eustache en 1818. Alphonse Guérin et Sophie-Caroline Thompson sont les arrière-arrière-grands-parents de l'auteur de ces lignes.


Quelques références:

Recherche et texte:
Marc-Gabriel Vallières,
Société de généalogie de Saint-Eustache