Liste des chroniques

HISTOIRE DE NOS FAMILLES

Le langage des cloches de l'glise paroissiale

Autrefois, alors que nos villages ne sont pas encore électrifiés, ce qui est antérieur 1925, la population terrienne et villageoise n'a, pour être informée, que le crieur la sortie de la grande messe le dimanche et le langage des cloches de l'église paroissiale.

Le matin, on sonne le quart d'heure avant la messe du jour. La cloche annonce, durant la messe, l'élévation; ce moment précis, on peut se recueillir quelques instants, même distance. On est part entière la vie communautaire.

L'glise de St-Eustache vers 1915. Collection MGV.

On sonne aussi l'Angélus, le matin, le midi et le soir, mais ce sont surtout les coups de midi qui nous frappent le plus car c'est l'heure de la trêve, le dîner, le repos. Un couple se marie, les cloches allègrement l'annoncent. On fait baptiser, les cloches sonnent pour souhaiter la bienvenue un autre paroissien. Puis, un décès survient, le glas nous annonce qu'un paroissien vient de partir pour l'au-del, dépendant du nombre de coups, on sait que c'est un homme ou une femme. Les cloches sonnent également pour annoncer un feu ou une tragédie, on appelle ainsi du secours, c'est le tocsin. Les cloches de nos églises sonnent aussi lors des armistices en 1918 et 1945 et... J'en oublie sûrement.

Peu importe l'évènement, les cloches de l'église paroissiale ont le langage pour l'annoncer la population. Le tintement se fait de manière différente car il y a un code de procédure pour chacun d'entre eux.

Je me souviens de ma mère, veuve, apportant l'église pour la messe du dimanche, en plus de son chapelet et son livre de messe, la montre de poche de mon père décédé afin de l'ajuster sur l'horloge du curé, de façon pouvoir vivre au même rythme et en même temps que les autres. Un jour, j'ai connaissance qu'un citoyen qui vit seul a l'habitude, chaque soir, de biffer sur le calendrier, au moyen d'une craie, le jour qui vient de s'écouler. Il meurt subitement et, ce soir-l, il n'a pas biffé la date sur le calendrier. Il est retrouvé quelques jours plus tard et les autorités ont été en mesure d'identifier le jour de sa mort seulement en constatant les faits. Faits et gestes primitifs peut-être, mais c'était tellement simple.

Nous avons la chance d'avoir encore parmi nous un homme qui a vécu ces évènements, il s'agit d'Albert Lavallée, qui fut jadis le bedeau officiel de la paroisse d'Oka.

Mais revenons nos cloches. Aujourd'hui, avec le modernisme, nous sommes éveillés le matin par la radio ou la télévision, par des nouvelles qui nous laissent savoir, en gros, ce qui s'est passé la veille et qui nous donnent un avant-goût de la journée qui nous attend. Ce survol est bien général et cible la communauté régionale, nationale et internationale, tandis que les cloches, elles, ont une portée locale. C'est pourquoi nos églises n'ont plus le sens de la réunion, de la vie paroissiale. La paroisse a perdu son me en perdant ses cloches ou en les laissant muettes.

Il serait souhaitable de réanimer cette vie paroissiale d'autrefois, de donner une voix ces cloches et que nos clochers ne servent pas uniquement loger les nids d'oiseaux ou... Peut-être sonnent-elles et je ne les entends plus. Je sais très bien que cette époque ne reviendra plus, j'en ai pris mon parti, mais le restant de mes jours je me souviendrai des cloches m'annonçant seulement les évènements dont j'avais besoin pour être heureux.

Les cloches, du haut de leur clocher paroissial, sont les ancêtres des communications, ici en Nouvelle-France, après les messages transmis par la fumée de nos Amérindiens.

Noël Pominville raconte
Ovila Villiot

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