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BERGERON (suite)

Vers 1885, Modeste Bergeron et Rosalie Demers (6e génération) quittent la région de Saint-Nicolas pour venir s'installer dans la belle région des Bois-Francs dans les Cantons de l'Est. Ils ont sept enfants et un de ceux-là vient s'installer à Saint- Pierre-Baptiste. Il s'agit de Napoléon.
Le grand-père Napoléon Bergeron prend pour épouse Célina Demers (8e génération). Napoléon y cultive, avec ses enfants, une terre aride, parsemée de pierres et difficile à défricher. Ses enfants, dont notre père, Antonio (8e enfant de 13), sont rudement élevés par un père sévère, dur, rude et, par surcroît, alcoolique.
Le jour de son 13e anniversaire, le jeune Antonio se fait dire par son père: " Antonio, tu as 13 ans, maintenant tu es un homme. Tu dois partir de la maison et aller gagner ta vie ailleurs. Tu t'en vas cet après-midi ". Malgré les lamentations, les pleurs de sa pauvre mère, le jeune Antonio quitte la maison le lendemain matin très tôt, avec dans son baluchon quelques légumes, quelques fruits... et son courage.
Il se rend travailler à Thetford-Mines, mais après quatre où cinq jours de bousculade, de mauvais traitements infligés par des mineurs plus expérimentés que lui, il donne sa démission... sans être rémunéré par l'employeur pour les quatre ou cinq jours de travail qu'il exécute. Puisqu'il quitte de lui-même... i1 n'a pas de salaire.
Pendant quelque temps, il végète ici et là dans la région des Bois-Francs. Un de ses frères, plus âgé que lui, le rencontre par hasard et l'amène avec lui dans le grand Montréal de l'époque (1920). Le jeune Antonio se fait engager comme balayeur dans un grand salon de barbier, rue Sainte-Catherine, puis, peu à peu, son patron lui montre le futur métier qu'il pratiquera toute sa vie, barbier.
Le 24 juin 1926, il épouse une belle petite fille de la paroisse Saint-Arsène, à peine âgée de 20 ans, Yvette Brousseau (9e génération). Antonio et la belle Yvette ont quatre enfants toujours vivants; Jean-Guy (Doris Frenette) s'installe dans notre région; il est dentiste puis devient conseiller municipal, maire et député de Deux-Montagnes. Violette (Claude J. Latour) vient résider à Saint-Eustache. Moi, Yvon (Cécile Laurin), j'habite cité des Deux-Montagnes, et Francine (Henri-Paul Tremblay) habite L'Assomption (10e génération).
Malgré des débuts extrêmement difficiles, notre père fait son petit bonhomme de chemin. À un certain temps de sa carrière, il est connu dans le tout Montréal comme " le barbier des sportifs et des célébrités du théâtre ". C'est le rendez-vous des personnalités connues. Comme clients assidus, je souligne entre autres, Maurice Richard, le frère André. c.s.c., Pierre-Elliott Trudeau (père et fils), ainsi que des artistes du théâtre et des variétés, les Desglyns (Mimi Destée), Jean Coutu, Alexandre DeSève (France-Film), les journalistes Jacques Beauchamp, Charles Mayer, pour ne nommer que ceux-là. Aujourd'hui, on pourrait dire que le barbier Menick a pris la relève de notre père comme rendez-vous des célébrités.
Une excellente réussite pour un petit gars qui quitte la maison paternelle (!), laissé à lui-même à treize ans, avec un minimum d'éducation et presque pas d'instruction, puisqu'il fréquente l'école jusqu'en troisième année (quand il y va)! Chapeau!
Survivent à Antonio et Yvette, bien sûr, leurs quatre enfants vivants, huit petits-enfants et dix arrière-petits-enfants, soit la douzième génération.
Voilà pourquoi nous sommes fiers de nos ancêtres, André et Marguerite, et de tous les autres. Voilà pourquoi nous sommes fiers de porter le nom de Bergeron.

Recherche et texte : Yvon Bergeron, SGSE # 22
L'Éveil, le 10 octobre 1998