Liste des chroniques

Souvenirs de vacances

(1938)

Fin juin, enfin ce sont les vacances. La cour de récréation du collège Sacré-Coeur de Saint-Eustache est devenue déserte et silencieuse. Plusieurs frères enseignants (C.S.V.) sont partis dans leur famille, enfin c’est le temps du repos et de l’évasion.

Partis du bout de la rue Saint-Nicolas, nous passons à côté de la maison de la famille William Locas et nous longeons le fossé qui sépare la terre des soeurs du terrain des Jérôme ( aujourd’hui le Boulevard Sauvé). Nous atteignons la voie ferrée où nous marchons des heures, tantôt sur les dormants, tantôt sur les rails, en direction du petit pont de fer noir, aujourd’hui le ciné-parc Saint-Eustache, et des fois, plus loin jusque chez les Godard où notre mère y travaille à la cueillette de framboises.

Nous avons l’impression que les rails se rejoignent dans le lointain et que nous arriverons éventuellement au bout mais ce n’est qu’illusion, comme beaucoup de rêves de notre jeunesse.

Puis arrive le vendredi, jour tant attendu. Dès les sept heures du soir, la cour du collège reprend vie (aujourd’hui le Parc Sacré-Coeur). Les jeunes arrivent du village afin de prendre les meilleures places. Vers huit heures trente, arrivent à leur tour les parents avec leurs chaises pliantes, suivis de camions remplis d’enfants et d’adultes. Ceux-ci doivent entrer par la 2e Avenue (rue Lemay), puis vont se placer en arrière de la cour. A son tour arrive ce vieux camion converti en restaurant ambulant, sentant à plein nez la friture.  L’on y retrouve au menu frites, chien-chaud, etc. Il se place près du monticule du terrain de balle.

Enfin arrive l’opérateur avec son matériel: table, projecteur, haut-parleur, etc.

Tout ce monde attroupé dans la cour du collège regarde vers une grande toile accrochée à l’annexe qui abrite les toilettes, les armoires et l’entrée arrière du collège.

De longues minutes d’attente, puis vers les 9:30, dépendant des soirs, la "machine à vue" projette sur l’écran les images tant attendues. Un canon en dessins animés lance des boulets qui, en éclatant, laissent sortir une lettre du nom d’une brasserie bien connue et les spectateurs de scander chacune de ces lettres, Mmm, Ooo, Lll...

Puis, c’est le silence des spectateurs. Seuls les haut-parleurs crachent la musique d’entrée du "cartoon" où plutôt du dessin animé précédant le grand film de Rin-tin-tin . Qui ne connaît pas Rin-tin-tin ? C’est parti pour environ 1 ½ hre. Il y a deux intermissions, le temps de changer les bobines.

Les jeunes amoureux dégustent leurs frites en regardant le film souvent d’un oeil distrait.

C’est l’été, les vacances et ca va durer environ sept semaines, dépendant de dame nature.

Le projecteur s’arrête, c’est la fin du film. Les applaudissements fusent car Rin-tin-tin a encore gagné et tous ces gens sont heureux.

Aucune lumière dans la cour à allumer car elle n’existe pas. Seuls les phares des camions sortant balayent au passage l’écran devenu mort.

C’est sans aucun doute l’ancêtre du ciné-parc dans notre région. Les principaux témoins de cette époque sont les voisins immédiats de la cour du collège : Les Beauchamp, Locas, Lacombe, Brisebois, Lefebvre, Poirier, Latour. Plusieurs sont disparus, mais leur souvenir demeure.

Presque en même temps naissait à Saint-Eustache le premier cinéma intérieur situé dans l’ancien garage de Monsieur Guindon, père d’André et de Jean, sur la rue Saint-Louis face à la rue Chénier. Ce local a abrité par la suite une cordonnerie et aujourd’hui un magasin de sports.

Ovila Villot S.G.S.E.