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SOUVENIRS DE FÉVRIER
Nous sommes en septembre 1940. Quelques parents, ayant des enfants alors étudiants au collège Sacré-Coeur de Saint-Eustache, se donnent pour mission de relancer les sports d'hiver, surtout le hockey. Ayant essuyé un refus d'aide financière de la part du père Latour, de la Congrégation des clercs de Saint-Viateur, et de M. Gustave Labelle, de la commission scolaire, ils obtiennent néanmoins toute la latitude pour faire une levée de fonds afin de doter la patinoire du collège de bandes neuves, d'un éclairage adéquat et de procurer de l'équipement aux joueurs représentant le collège et, bien sûr, le village.
À pieds, à bicyclette, en auto, ils réussissent, en peu de temps, à amasser localement plus de 500 $, ce qui était beaucoup pour l'époque.
Début octobre, Jules Duquette conduit son père Eugène à Montréal afin d'acheter du bois de char usagé que l'on livre quelques jours plus tard dans la cour du collège. Presque tous les soirs, on peut voir Eugène, une partie de ses employés, les parents bénévoles et autres s'affairer à construire ces fameuses bandes, qui auront pour la première fois les coins arrondis. Les travaux d'installation se complètent avec beaucoup de difficulté, dans la neige et le froid.
À chaque bout de la patinoire, on a planté un vieux poteau auquel on accroche des fils d'acier et électriques sur lesquels sont suspendues quelques ampoules recouvertes d'abat-jour (assiettes vertes en métal). Cette installation usagée provient de Sainte-Dorothée.
Puis le temps est venu de fabriquer la surface glacée. A la suite de la première bordée de neige, bien piétinée par les élèves lors des récréations, on effectue les premiers arrosages au moyen de barils que l'on remplit d'eau et que l'on vide par la suite d'un seul coup. L'eau s'écoulant dans les parties les plus creuses fait, qu'après quelques heures, la surface est bien plane. Alors on peut terminer le travail avec le boyau d'arrosage et il ne reste plus qu'à tracer les lignes bleues.
Pour réaliser tout ça, il a fallu de généreux donateurs, mais aussi et surtout de grands bénévoles comme les Ernest Pesant, Donat Guindon, Ovila Latour, Eugène Duquette, ses deux fils Jules et Jean-Baptiste, aidés des Gérard Marrenger, Roger Poirier, Pierre Rocque, l'abbé Gaétan Lajeunesse, le frère Pierre et beaucoup d'autres, sans oublier le trésorier, Adélard Brunet.
Enfin, par un beau samedi de février, c'est la fête au collège. La grande famille des adeptes du sport de plein air est réunie. Beaucoup de jeux sont organisés, les participants et les spectateurs s'amusent ferme malgré le froid sibérien qui sévit. Mais l'événement de cette journée est sans aucun doute une partie de hockey opposant l'équipe locale, arborant fièrement leur nouveau chandail vert avec l'inscription CSV à l'équipe du collège Bourget.
Il est sept heures et demie ; tout est en place. Les juges de but préparent leur lampe de poche, la vitre recouverte de cellophane rouge, le chronométreur Adélard Brunet, sous son capot de chat, vérifie son chronomètre à ressort et sa montre, l'arbitre Ovila Latour est nerveux, car il remplace M. Billard, malade, et Ernest Pesant, qui est gérant, parle de stratégie avec ses joueurs.
Huit heures, la partie commence, nous apercevons dans les buts Bernard Comtois, à la défense et à l'avant, Roland et René Beauchamps (cousins), les deux André Proulx (aucun lien de parenté), Florian Robitaille, Bernard Desjardins, Marcel Guindon, Raymond Brunet et autres.
Qui a gagné? Qui peut se rappeler du compte final? L'important, n'est-ce pas le bon souvenir de ce mois de février de 1941 ...
Ovila Villiot, SGSE,
L'Éveil, le 7 mars 1998