Liste des chroniques

LE COURAGE DE NOS PARENTS

Léon Landry et Roseanna Denis

 

C’est le samedi 24 août 1891 que Léon Landry, âgé de 26 ans, fils de Michel Landry et de Arméline Raby, du rang-du-lac (Sainte-Marthe-sur-le-Lac), prend pour épouse Roseanna Denis, âgée de 17 ans. La cérémonie du mariage a lieu à l’église Sainte-Cunégonde, à Montréal.

Comme le père de famille, cultivateur, ne peut garder avec lui tous ses enfants sur la terre, Léon devient couvreur. Il quitte la maison paternelle, se dirige vers Montréal, où il habite en pension chez son oncle Odilas Raby. Il revient occasionnellement sur le rang-du-lac pour y visiter sa famille, mais surtout pour se ressourcer, car il sent bien que la situation est temporaire et qu’il ne sera jamais un citadin.

Roseanna habitait la praoisse de Sainte-Cunégonde depuis peu, car ses parents reviennent de l’Ontario, où elle a appris à maîtriser la langue anglaise.

Léon et Roseanna se sont rencontrés au parc Summer, dans l’est de la ville de Montréal, par un soir de juillet 1890. Ils y avaient gagné à un jeu de hasard un lot de verrerie qu’ils ont gardé fort longtemps.

Léon revient sur le rang-du-lac, achète du terrain près de son père, Michel, et de ses deux frères, Joseph (Jos) et Omidas (Midas), et commence à construire sa maison pièce par pièce. Il a pour voisins Oscar Paquin et Godefroy Saint-Louis. En même temps, il travaille sur la ferme des trappistes, à Oka, pour 0,90 $ par jour et doit se nourrir. Roseanna, quand elle n’est pas sur le point d’accoucher, le conduit en " express " le lundi matin avec ses pains terrines, ses galettes et son lard pour la semaine. Parfois, il achète d’une dame Lauzon qui demeure près de la Trappe un morceau de tarte pour deux cents. À cette époque, les employés de la ferme couchent dans un appentis attenant aux poulaillers.

Léon passe ses hivers dans les chantiers pendant que sa femme, Roseanna, prend soin de la ferme et de ses enfants.

En 1914, on retrouve Léon et Roseanna habitant, pour la saison estivale, la maison de ferme appelé alors la maison verte près du château de pierre de la famille Mathys. Léon cultive la terre (aujourd’hui les bénédictines) et Roseanna s’occupe de sa famille, du jardin et des animaux. Les Mathys habitent Outremont et ne viennent dans le rang du Lac que l’été, quand ils ne voyagent pas en Belgique, leur pays d’origine.

Un matin de 1915, la fatalité s’abat, le château brûle de fond en comble sous les yeux horrifiés des employés et des voisins.

Quelques années plus tard, Léon est foudroyé par une crise d’angine de poitrine dans l’allée de la remise. Sa mort creusa un grand vide dans la famille. Même les enfants des Mathys eurent du chagrin, car ils venaient de prendre un ami. Lui, pauvre, partageait souvent le contenu de sa boîte à lunch avec les jeunes enfants de ses patrons riches.

Douze enfants sont nés de cette union. Les derniers à partir furent René, Éva et Ovide. Il ne reste plus que Cécile.

Dans son journal (petit cahier). Roseamma écrit :

" Rand du lac 1913 ma douzesième enfant Marie Eme Anet Cécile Landry est né le samedi à sinque heurs du matin le 5 juillet son parin Philias Denis et sa femme Eva Deniau de Montréal mon frère et sa femme. "

Cécile (Mme Joseph Dufour) habite toujours notre région.

Ses parents, Léon et Roseanna, furent un couple courageux parmi tant d’autres sur le rang-du-lac (Sainte-Marthe-sur-le-Lac) au début du siècle.

 

Recherche et texte : Claude Latour S.G.S.E L’Éveil, le 29 novembre 1997