Liste des chroniques

LE BIEN NE FAIT PAS DE BRUIT

 

Au début du siècle, dans notre région et ailleurs au pays, la vie n’est pas facile pour le propriétaire terrien. Il n’y a pas encore de prêt agricole ni d’assurance-récolte. Ils sont à la merci de dame nature, qui n’est pas toujours généreuse.

Les familles sont nombreuses et, si la terre est une sécurité concernant l’alimentation, il faut quand même s’habiller, se faire traiter quand la maladie nous frappe, s’instruire… pas tous.

Joseph-Albert Dorion et son épouse, valida Paquin, ont une famille de neuf enfants. Ils habitent sur une terre et destinent un de leur fils à la prêtrise.

Sur la terre voisine, Zéphyr Prévost et son épouse, Laurenza Godard, ont une famille de huit enfants et destinent eux aussi un de leur fils à la prêtrise.

Nous sommes en 1925. René Dorion, alors âgé d’onze ans, fait la joie et l’orgueil de ses parents. Cet enfant surdoué est premier de classe. Les prêtres enseignants du Séminaire de Sainte-Thérèse lui prédisent un bel avenir. Malheureusement, le destin en a décidé autrement, à la suite d’une courte maladie, il s’éteignit en 1929 à l’âge de quinze ans, ce qui fit à l’époque un grand vide dans cette grande et belle famille.

À côté, chez les Prévost, c’est Gustave que l’on destine à la prêtrise. Il est aussi étudiant au Séminaire de Sainte-Thérèse, d’où il écrit une lettre, le 19 octobre 1926 :

" … Depuis longtemps, je désirais vous donner de mes nouvelles mais j’ai toujours omis cela. Je prends ce soir un moment de silence pour m’entretenir avec vous.

Je me porte très bien et je ne m’ennuie pas. Vous n’ignorez peut-être pas que je suis arrivé premier en anglais la semaine passée, en français, je suis assez bon mais en latin je suis faible.

Depuis quelque temps, je prends des forces mais ça ne va pas très vite.

J’ai la vue faible aussi. Je suis allé chez M. Maillé, chez l’opticien avec maman mais il n’y était pas alors je suis obligé d’attendre à jeudi prochain.

Je termine en vous disant le bonjour et en me souscrivant votre petit protégé reconnaissant.

Gustave Prévost

(J’aurai 12 ans le 25 oct.) "

La suite, vous la connaissez, Gustave devint prêtre, missionnaire puis évêque.

Le bien ne fait pas de bruit, car après plus de soixante-dix ans, qui sait qu’une partie des études de René Dorion fut payée par le curé Charlemagne Villeneuve, du village de Saint-Eustache, et qu’une partie des études de Gustave Prévost le fut par l’honorable Hector Champagne, conseiller législatif à Québec, lui aussi du village de Saint-Eustache. Celui-ci conserve jusqu’à sa mort dans ses dossiers personnels au moins une lettre et les bulletins de rendement de Gustave pour les années 1926-1927.

Monsieur le curé Charlemagne Villeneuve et l’honorable Hector Champagne furent sans aucun doute des personnalités très différentes, mais ils avaient quelque chose en commun, ils étaient généreux et humains, car aucun n’était tenu de le faire… Le bien ne fait pas de bruit…

Pour en savoir plus sur monseigneur Gustave Prévost (1914), qui fête son 83e anniversaire de naissance le 26 octobre 1997, vous pouvez lire sa biographie disponible dans la plupart de nos bibliothèques, sous le titre Le Rouge et le Noir, d’Hélène-Andrée Bizier.

Recherche : Claude Latour L’Éveil, le 25 octobre 1997