Jacques Labrie, Patriote




La loi qui crée les commissions scolaires
Lors de la première session du troisième Parlement du Bas-Canada, la Chambre d'Assemblée adopte le chapitre XVII ou la loi pour l'établissement d'écoles gratuites et l'avancement des sciences dans cette Province.54 Cette loi présentée par le lieutenant-gouverneur, sir Robert Shore Milnes, à la suggestion de l'évêque anglican de Québec, le révérend Jacob Mountain, avait pour objet de fournir gratuitement des maîtres d'anglais à toute la population du Bas-Canada. Il était même prévu qu'une partie des revenus provenant des terres publiques serviraient à défrayer la dépense nécessaire à l'entretien des professeurs. »55

Jacques Labrie, le curé Paquin et tous ceux qui ont l'éducation à coeur à Saint-Eustache s'objectent farouchement contre cette loi qui leur semblait favoriser l'assimilation du peuple quant à sa religion et à sa langue. En 1824, sous l'influence de l'évêque catholique de Québec, les Fabriques obtiennent le droit d'ouvrir des écoles et d'agir comme des commissions scolaires. Encore là, le système fonctionne mal et les résultats se font attendre. C'est l'époque des écoles dues à l'initiative de particuliers tels les Labrie, Rochon et Laviolette à Saint-Eustache.
Le docteur Labrie ne recule jamais devant un obstacle surtout lorsqu'il s'agit de l'éducation des enfants. En 1827, l'occasion s'offre à lui: des élections sont déclenchées et il décide de poser sa candidature au sein du parti patriote. S'il est élu, il pourra convaincre l'Administration en tant que membre de la Législature. Labrie est élu et il s'emploie à expliquer à ses collègues députés qu'il faut adopter une loi qui permettrait l'administration de commissions scolaires par des commissaires élus par la population de chaque localité. Cette loi est adoptée en 1829 et elle donne naissance aux commissions scolaires.

« Non seulement le docteur Labrie prend une part importante à la préparation de cette loi de l'éducation, mais une fois qu'elle fut sanctionnée par la Législature, il travailla de toutes ses forces à son exécution. On le vit alors parcourir avec une activité étonnante les différentes paroisses de son comté, ouvrir des écoles, les visiter, les diriger lui-même au besoin… »56

Doit-on se surprendre de voir le docteur Labrie jouer un très grand rôle dans l'établissement de la commission scolaire de Saint-Eustache? Le contraire aurait étonné un bon nombre de ses concitoyens. Dès octobre 182957 une réunion est demandée par « Eustache-Nicolas Lambert-Dumont, le plus ancien officier de milice de la paroisse, à l'effet de choisir et de nommer cinq syndics conformément à la loi passée à la dernière session de la Législature de cette province pour l'encouragement de l'éducation élémentaire; les personnes suivantes ont été élues d'un consentement unanime, savoir: Messire Paquin, prêtre, Jacques Labrie, Joseph-Amable Berthelot, Eustache-Antoine Lefebvre de Bellefeuille et Joseph Robin. »

Cinq mois plus tôt, le seigneur Dumont à concédé un terrain de deux arpents en superficie à la fabrique de la paroisse de Saint-Eustache pour la construction d'une école pour les garçons.58 « La maison d'école des garçons fut bâtie par Fleury Tison et Eustache Dumoulin au Faubourg Saint-Jacques. La Fabrique dépensa 2 800$ et le gouvernement remit 1 200$ suivant l'Acte de 1829. L'année suivante (1830) la Fabrique bâtit deux autres maisons d'école dont l'une dans la Côte Saint-Louis59 et l'autre60 dans la Côte du Petit-Brulé.»61

À la deuxième assemblée des commissaires de la commission scolaire de Saint-Eustache, ceux-ci choisissent comme président, le curé Jacques Paquin et à la fonction de secrétaire, le docteur Labrie.62 Ce dernier ne se contente pas de gérer de loin la commission scolaire et les écoles nouvellement fondées. Il contrôle directement l'enseignement qui se fait dans les classes. « Les membres du Parlement qui, alors, ne recevaient pas d'indemnité, étaient eux-mêmes inspecteurs d'école gratuitement et distribuaient des récompenses aux élèves.»63

À ce rythme là, le docteur ne peut faire long feu, nous avons vu qu'il était de santé fragile, il participe à toutes les réunions de la commission scolaire locale, il y siège comme secrétaire pour la dernière fois le 29 mai 1831. À l'automne suivant, Jacques Labrie « est mort victime de son zèle pour l'éducation populaire, ayant contracté une maladie mortelle causée par des misères et la fatigue qu'il avait eues en visitant, en octobre 1831, les écoles du comté qu'il représentait dans le parlement du Bas-Canada.»64

Que peut-on faire de plus? Jacques Labrie a utilisé tous les moyens à sa disposition pour la cause de l'éducation. Il y a même laissé sa vie!
 
 
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