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| Jacques Labrie, grand éducateur | ||
| Outre
la médecine, l'éducation de ses concitoyens représente
pour Jacques Labrie l'obsession omniprésente de son quotidien.
Pour lui, tout doit être orienté vers l'instruction des membres
de la société d'alors. Issu d'une famille terrienne, il
a connu et il a fréquenté de près des centaines et
des milliers de personnes analphabètes. Il a eu la chance de pouvoir
se faire instruire, de fréquenter les grandes institutions d'éducation
comme le Petit Séminaire de Québec et même de parfaire
en Écosse sa formation médicale. Il se sent redevable envers
tous ceux qui l'ont aidé dans le passé. Jacques Labrie aurait
profité de sa situation sociale à Saint-Eustache et de «
l'aisance » que lui procurait sa profession, mais il a su mettre
à contribution ses proches au bénéfice des autres.
« La plus sévère économie n'existait dans sa
maison que pour en appliquer les épargnes à l'ouverture
et à l'entretien des communications pour l'avantage du public et
au secours des pauvres.»40
Que ce soit l'ouverture de chemins ou l'implantation d'un moyen éducatif,
Labrie répond toujours dans l'affirmative lorsqu'il en dénote
le besoin. Il sait que ce qui manque le plus aux Canadiens français
de l'époque c'est une bonne organisation scolaire. « Il fallait
venir à leur secours, il fallait leur procurer cette éducation
dont ils avaient besoin, et qu'ils ne demandaient pas mieux de recevoir
pourvu qu'elle fût conforme à leurs principes religieux,
comme l'a si bien dit le docteur Meilleur.» 41
« Remarquons que tout cela se fondait, par 1a seule initiative privée;
les secours de l'état ne vinrent que plus tard: c'était
une éclosion pour ainsi dire spontanée de la riche nature
du sol.»42
À Saint-Eustache, diverses initiatives privées permettent de faire démarrer le monde scolaire. En mai 1816, le seigneur Eustache-Nicolas Lambert-Dumont accède à une demande pressante du curé de la paroisse, l'abbé Jean-Baptiste Gatien et des citoyens Pierre-Rémy Gagnier, notaire, Jacques Labrie, chirurgien, Duncan McGillis, marchand, Jean-Baptiste Féré, écuyer, Jean-Baptiste Laviolette, marchand, Antoine Lefebvre-Bellefeuille, écuyer, seigneur, Stephen Mackay, notaire, et il leur concède « Un lopin de terre situé en ce bourg au nord de la rue d'École de la contenance d'un arpent de front sur un arpent de profondeur, tenant par devant à la susdite rue, par derrière et d'un côté au nord-est au Domaine, d'autre côté, au sud-ouest, aussi au domaine.»43 Cette concession est accordée spécifiquement pour permettre la construction d'une école paroissiale. Le même jour, une sorte de corporation se constitue pour la construction et l'administration de la future école. Les membres se cotisent pour amasser les fonds nécessaires à la construction de l'école. Les premières cotisations s'établissent comme suit: « Eustache-Nicolas Lamhert-Dumont, quinze livres, messire Gatien, huit livres, Pierre-Rémy Gagnier, six livres, Duncan McGillis, dix livres, Eustache-Antoine Bellefeuille, six livres, Jacques Labrie, dix livres, Jean-Baptiste Féré, cinq livres, Jean-Baptiste Laviolette, sept livres dix chelins.»44 Dans le même document, les membres établissent le comité d'administration de l'école, dont le docteur Labrie, le mode de fonctionnement de l'école et le mode de financement futur de l'école dont trois livres par chaque écolier fréquentant les cours. L'initiative vécue à Saint-Eustache se vit dans toutes les parties du pays et elle fait dire à un chroniqueur du temps: « De quelle générosité; de quel dévouement on fut alors témoin de la part de l'élite de la classe éclairée du pays! Ah! Le beau réveil de l'éducation, parmi les Canadiens français, dans le premier quart du dix-neuvième siècle.»45 C'est la période de la fondation de plusieurs collèges classiques: Nicolet, Saint-Hyacinthe, Sainte-Thérèse et Sainte-Anne. Nous possédons de nombreux témoignages qui attestent de l'importance de l'action du docteur Labrie pour l'éducation à Saint-Eustache, Monsieur Michel Bibaud de Montréal parle de Labrie en ces termes: « Il fonda sur un grand pied à Saint-Eustache des écoles modèles ou académies pour les deux sexes, et il les surveilla sans cesse.»46 Louis-Joseph Papineau, orateur de la Chambre et confrère du docteur Labrie au Séminaire de Québec, disait de lui en Chambre: « Le docteur Labrie a senti toute l'importance de l'éducation; il l'a propagée tant que ses moyens le lui ont permis. Il a fait d'énormes sacrifices pour l'éducation du peuple. »47 Le surintendant de l'éducation publique, le docteur Meilleur, donne de précieuses informations sur les écoles du docteur Labrie: « Jacques Labrie, de Saint-Eustache, avait établi deux écoles supérieures en cette paroisse, l'une pour les garçons, tenue par monsieur Paul Rochon, et l'autre pour les filles, tenue par plusieurs personnes du sexe. Il les dirigeait toutes deux et prenait part à l'enseignement avec autant de zèle et de talent que de succès. » « Son école de filles était une véritable école normale; et les examens publics de ces deux écoles étaient regardés comme autant de fêtes littéraires et scientifiques auxquelles les amis de l'éducation de l'endroit, de tout le voisinage, et surtout de la Ville de Montréal se rendaient en foule. » « Les institutrices formées à l'école du docteur Labrie faisaient preuve de connaissances exactes et approfondies dans les branches d'instruction qui étaient de leur ressort, et d'un grand talent dans l'enseignement et la tenue de leurs écoles respectives. »48 Le pensionnat du docteur Labrie, sis sur une pointe parallèle à celle où l'église a été construite, en face du jardin du presbytère, était autrefois la résidence de son beau-père, le notaire Gagnier. « C'était une vaste construction en bois, environnée d'une galerie couverte, et placée dans un site fort agréable; le confluent des deux rivières est précisément à quelques pas de la porte… »49 Plusieurs témoignages confirment les nombreuses qualités de son académie de filles: les études y sont excellentes et le séjour des jeunes filles à Saint-Eustache était attrayant et agréable. « La maison est vaste, confortable et bien aérée, plantations, préaux, site agréable… »50 Le docteur a tout prévu pour favoriser un climat d'étude! Le docteur Meilleur et les chroniqueurs n'en finissent pas de s'étonner devant autant d’imagination dans la stimulation des études. L'apprentissage de toutes les matières se réalise dans le cadre de « véritables fêtes littéraires. » C'est 1a façon de pousser à fond l'étude. Les examens de fin d'année donnent lieu à des fêtes grandioses. De nombreuses personnes s'empressent d'assister à toutes les étapes que doivent franchir les étudiantes: grammaires française et anglaise, mythologie, histoire, géographie, écriture, dessin et broderie. Tout y passe. Jacques Labrie accorde un soin tout particulier à son Histoire du Canada. Des examens spéciaux couronnent les études des jeunes filles sur le sujet. Dans tous les cas, là où les volumes font défaut ou n'existent pas, .Jacques Labrie s'empresse d'en composer pour faire en sorte que ses élèves ne manquent de rien. Des pièces de théâtre en français ou en anglais, très souvent composées par le docteur, ajoutent à l'agrément des gens qui assistent à ces examens. La Bibliothèque Canadienne51 décrit la distribution des prix et le banquet qui termine cette journée fertile en émotions: « La distribution des prix couronna ces exercices littéraires, et l'heureuse élève reçut la récompense qu'elle avait méritée, des mains de M. le juge Foucher,52 président de l'assemblée, qui, dans cette occasion, adressa au docteur Labrie, aux institutrices et aux écolières un compliment flatteur, que l'auditoire approuva par de longs applaudissements. Le soir, le docteur donna un excellent dîner à quarante personnes de ses amis... » L'abbé Jacques Paquin, curé de Saint-Eustache depuis l'automne de 1821, partage les préoccupations du docteur pour l'éducation des jeunes filles. Le curé encourage le docteur dans toutes ses initiatives. Pour éviter que cette oeuvre cesse avec son auteur, le curé fait construire un couvent qui prendrait éventuellement la relève après le décès du docteur. En 1825, Saint-Eustache est en avance sur plusieurs autres seigneuries pour l'éducation de la jeunesse. Outre l'école des filles du docteur Labrie, on y trouve une école pour garçons, dirigé par le professeur Paul Rochon et une école classique dans la maison de Pierre Laviolette. Ce dernier enseigne les matières du cours classique. Ses élèves ont un costume particulier: un capot bleu avec des nervures blanches. Cependant, « cette école tombe après deux ou trois ans. »53 |
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