Jacques Labrie, Patriote




Jacques Labrie, journaliste

Très tôt Jacques Labrie éprouve le besoin insatiable de communiquer avec ses contemporains. « Dès 1806, le 26 octobre, durant ses études médicales, il fait paraître le prospectus du Courrier de Québec.»30 Ce journal est créé de toutes pièces et Labrie y consacre beaucoup de temps et d'énergie. Le premier numéro est édité le 3 janvier 1807. Durant cette première période du journal, les articles de Labrie portent principalement sur l'histoire du Canada et sur Berquin, « auteur de poèmes et de récits moralisateurs pour la jeunesse.»31

Le Courrier de Québec suspend sa publication le 27 juin 1807. C'est la période où Labrie se rend à Édimbourg. Au début de 1808, le journal paraît à nouveau. Durant les huit premiers mois, Labrie y parle de Constitution canadienne. « Il y avait parmi les jeunes gens, parmi les patriotes, de l'époque, deux écoles: les intransigeants, ceux qui ne trouvaient rien de bon dans la Constitution de 1791 et ne voulaient pas se faire au régime de la domination anglaise; et les patriotes modérés, qui, tout en soutenant les droits des Canadiens français à la conservation de leur langue, de leurs lois et de leur religion, s'efforçaient d'utiliser la Constitution parlementaire qui avait été octroyée au pays. Labrie appartenait à cette seconde catégorie.»32

À de nombreuses reprises, Labrie compare la vie sous le Régime français au mode de vie nouveau proposé par l'Acte constitutionnel. L'analyse qu'il en fait démontre de nombreuses facettes positives. La paix qui suit la conquête amène l'accroissement de la population et un vent d'aisance souffle sur ce peuple constamment exploité. Voici comment Labrie présente à ses lecteurs le changement de régime: « En changeant de domination, le Canadien a oublié ses anciens penchants; les exercices de la guerre, qu'il ne faisait plus, ne lui ont plus semblé mériter son attention; les ressources précaires de la chasse ont été laissées de côté et l'agriculture, qui s'est élevée sur leurs ruines, a fait des progrès assez sensibles. D'abondantes moissons sont venues couronner les travaux du laboureur, les troupeaux se sont multipliés, l'aisance s'est accrue en même temps que les richesses, et le pays a pu exporter plusieurs des articles qu'il était obligé de faire venir des marchés étrangers sous l'ancien régime…»33 La fougue de Labrie l'emporte sur tous les obstacles rencontrés. Pour mieux faire connaître le poète Berquin, il se propose d'éditer ses poèmes au rythme de cent pages par mois. La collection complète doit comprendre dix-huit volumes et devrait totaliser neuf tomes reliés. Les moyens du jeune Labrie sont très limités puisqu'il est toujours aux études. On voit que Jacques Labrie ne reculait devant aucune entreprise, même la plus hardie, la plus étonnante pour l'époque, quand il s'agissait de répandre la lumière parmi le peuple et de promouvoir la cause sacrée de l'éducation. »34

Le Courrier de Québec s'en tient à une position qui paraissait être le juste milieu. Les autres journaux de l'époque qui ne le respectent pas l'apprennent à leurs dépens. Le Mercury, favorable aux extrémistes anglais, subit occasionnellement les foudres des éditeurs du Courrier de Québec même si de telles prises de position ne sont pas recherchées par Labrie. Un jour, le Mercury, ayant dit que ces articles n'étaient qu'une compilation de Charlevoix, se voit répondre la réplique suivante de Labrie: « Et où veut-il donc que nous prenions nos informations si ce n'est dans la meilleure histoire du pays? Ce n'est pas du nouveau. Vaut-il que, pour lui en donner, nous composions un roman et qu'au lieu de ce qui s'est passé, nous lui donnions des rêves et des fictions, comme on voit tous les jours?35 Il faut se rappeler ici que Labrie a écrit cette phrase en 1807 et qu'il aurait été tout à fait d'actualité d'écrire la même chose de nos jours! Jacques Labrie a toujours été honnête dans ses écrits. Il a toujours cherché les preuves de ce qu'il avance et il n'a jamais laissé le lecteur dans le doute. Nous y reviendrons plus loin lorsque nous parlerons de son document sur l'histoire du Canada. Le Courrier de Québec cesse de paraître en juin 1807 avec le départ de Labrie. Cependant, la parution reprend en janvier 1808. De janvier à juin de cette année, Jacques Labrie y écrit des articles sur l'Acte constitutionnel de 1791. À l'automne de 1808, revenu d'Europe et ayant obtenu sa licence médicale, il poursuit ses articles dans le Courrier de Québec en mettant l'accent sur les différentes facettes de la médecine d'alors.

Jacques Labrie n'a plus le temps d'écrire dans le Courrier de Québec. L'ouverture de son bureau à Montréal et le transfert de celui-ci à Saint-Eustache mettent un terme à son activité journalistique. « Le Courrier de Québec cessa définitivement de paraître le 31 décembre 1808. Ce numéro (#49), disaient les Éditeurs, qui termine notre troisième volume, sera aussi le dernier du Courrier de Québec. Le grand nombre de gazettes hebdomadaires qui existe maintenant a engagé plusieurs gens de lettres à faire une publication, tous les mois et dans les deux langues. Les éditeurs du Courrier de Québec se désistent de leur publication en faveur de la nouvelle... »36

L'ouverture de son bureau marque un terme à son temps de journaliste et de carabin. Les deux statuts se sont stimulés l'un et l'autre et ils ont permis la réalisation des premières implications sociales du jeune Labrie. Et ça ne fait que commencer!

À l'occasion, il contribue à la Bibliothèque Canadienne de Bibaud. Tous ses articles sont signés par l'initiale L. Mais, durant les dernières années de sa vie, il mûrit un nouveau projet de publication avec son ami de toujours Augustin-Norbert Morin. En septembre 1829, Jacques Labrie envoie le prospectus d'un journal intitulé « Le coin du Feu ». Il y serait traité divers sujets dont la politique, l'industriel, le religieux et le littéraire. Ce prospectus de sept pages décrit ce nouveau projet.37 L'explication de Labrie est reprise dans une lettre l'abbé Narcisse Fortier.38 Labrie explique que ses recherches pour l'histoire du Canada lui ont fait connaître de nombreux documents sur divers sujets pouvant intéresser beaucoup de monde. Dans la même lettre à l'abbé Fortier, il explique le sens du titre de sa revue: « Ne riez pas du titre (Au Coin du Feu): il signifie beaucoup et correspond à l'objet que nous avons surtout en vue, celui d'offrir à ceux qui n'ont point de livres les moyens de s'amuser et de passer agréablement les jours nébuleux ou froids, qui réunissent les membres d'une famille dans "Le Coin du Feu", où l'on s'occupe si souvent de choses inutiles, quelquefois dangereuses et très souvent de rien du tout.»39 Hélas, ce projet ne voit jamais le jour. La maladie et le décès de son auteur mettent un terme à ce brillant projet de journalisme.

 
 
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