Jacques Labrie, Patriote




Des informations convoitées
 
Nous avons déjà parlé des Mémoires du Curé Paquin.101 Ce document de 1160 pages demande beaucoup de recherches de la part du curé. Pendant plus de dix-sept ans, il compile des renseignements à travers la province. Comme tous les proches du docteur Labrie, il a l'occasion de consulter à maintes reprises les notes et les références de son Histoire du Canada. En 1836, l'évêque de Montréal, monseigneur Jean-Jacques Lartigue, reproche au curé de Saint-Eustache certaines similitudes dans les textes: « Il faudrait examiner comment on prendrait la chose dans le public, surtout si, dans la supposition que votre travail renfermât une grande partie des choses contenues dans les Mémoires de M. Labrie, Morin qui a son manuscrit et les laïcs de ses amis qui, comme il n'est pas rare maintenant, jalousent le clergé pour s'élever eux-mêmes, ne trouveraient pas le tour de faire passer vos notes pour une fraude littéraire, fabriquée à même les manuscrits du docteur, pour priver la veuve des profits de la vente de cet ouvrage, et vous en assurer l'honneur et le gain en ôtant beaucoup de prix à l'écrit original par la publication prématurée d'une partie d’icelui; si enfin vous ne vous brouilleriez pas avec la famille du docteur et avec les libéraux par ce procédé. »102

Le manuscrit n'est jamais publié au XIXe siècle. Le curé meurt en 1847 et son document est toujours à l'évêché de Montréal où il périt dans les flammes à l'occasion de l'incendie de l'évêché en 1852. Cinquante ans plus tard, une copie de ce manuscrit est découverte à Détroit et achetée par les Archives Publiques du Canada. À la fin des années 70, une autre copie est découverte et achetée par les Archives Nationales du Québec. La Société d'Histoire de Deux-Montagnes édite cette dernière copie dans ses Cahiers d'Histoire de Deux-Montagnes. Cette copie débute par le chapitre III. Toute la période qui se superposait à l'Histoire du docteur Labrie est absente du document. Est-ce l'effet des remontrances de Monseigneur Lartigue ? Quoi qu'il en soit, les Mémoires du curé Paquin ont été réputées brûlées en 1852 et pourtant deux copies partielles ont réussi à refaire surface au XXe siècle!

 
 
 
Jacques Paquin (1791-1847), curé de Saint-Eustache
de 1821 à 1847
Archives du Séminaire de Nicolet F085/P3193

 

Quant au manuscrit du docteur Labrie, certaines choses sont sûres et elles ont été certifiées par des gens de confiance. « Il n'y a aucun doute que le manuscrit était encore, le 15 décembre 1837, lors de la mise à sac et de l'incendie des maisons de Saint-Benoît, en la possession du notaire Jean-Joseph Girouard. Dans une lettre qu'il écrivit de la nouvelle prison de Montréal à son ami Augustin-Norbert Morin, à la date du 28 avril 1838, le gardien de l'Histoire du Canada avouait: « qu'il dût vider sa maison. Il fallut en un instant tout empaqueter. Je choisis comme lieu le plus sûr la vieille maison inhabitée de Richer, voisine de ma terre, à environ neuf arpents derrière le village. Là furent: transportés mes minutes, mes livres et tous mes autres papiers, notes et documents historiques et, surtout, l'Histoire du Canada par feu le docteur Labrie, le tout bien enfermé dans des coffres et des valises. »103

Il semble que le tout se soit envolé en fumée le 16 décembre 1837 avec l'accord de Sir John Colborne. Que de grandes choses se sont réalisées sous l'égide de ce grand militaire dans le comté des Deux-Montagnes! Cent soixante ans se sont écoulés depuis ces hauts faits à l'honneur de ce grand militaire et les gens de Deux-Montagnes se souviennent...

Récemment, un cahier d'extraits et de notes rédigé sous la plume du docteur Labrie a refait surface. Il s'agit du quatorzième volume devant servir à l'Histoire du Canada. Ce cahier de cent soixante-quatre pages104 traite d'événements qui se sont déroulés durant une période de trente-cinq ans, soit de 1756 à 1790. Combien de ces cahiers ont été rédigés pour l'ensemble de l'oeuvre de Labrie? Est-ce qu'un jour, une autre copie de son Histoire du Canada fera son entrée dans les chemins de la connaissance? Est-ce qu'un jour les générations futures pourront apprécier la droiture et l'à-propos des documents de ce grand historien? Une chose est sûre: nous nous devons de conserver dans la mémoire des générations futures les grandes qua1ités de cet illustre Patriote d'hier dont les faits et gestes sont toujours d'actualité.
 
Saint-Charles de Bellechasse honore cet enfant de leur terroir en donnant son nom à leur bibliothèque municipale. La Commission scolaire de Saint-Eustache (aujourd'hui de la Seigneurie des Mille-Îles) maintient le flambeau allumé en ayant une école qui rappelle son nom. Sa ville d'adoption, Saint-Eustache, possède une rue à son nom sur les terrains qui autrefois lui ont appartenu et qu'il a développés.
   
Gens d'ici, il faut demeurer fiers d'avoir pu profiter des connaissances de ce médecin, du dévouement de ce mordu de l'éducation, de cet historien qui a su lire dans les archives les étapes de notre évolution et en faire profiter ses contemporains.
     
 
Retour vers la page d'Accueil
Aller à la section précédenteAller à la section suivante