Jacques Labrie, Patriote




Son histoire du Canada
Sur son lit de mort, Jacques Labrie « a quelques paroles qui avaient pour objet son Histoire du Canada qui lui avait coûté tant de travail; il exprimait l'espoir qu'elle serait un jour publiée et qu'il pourrait ainsi continuer, même après sa mort, à rendre quelques services à ses compatriotes. »93

Dès le mois de novembre 1831, Marie-Marguerite Gagnier, veuve du docteur Labrie, adresse une pétition à la Chambre du Bas-Canada. Voici un extrait de cette demande de l'héritière des biens de Labrie: « Qu'en particulier le dit Jacques Labrie aurait composé, au moyen de beaucoup de travail, une histoire complète de cette Province, depuis son établissement, et qu'il était rendu à une époque assez rapprochée, lorsque son pays et sa famille ont eu le malheur de le perdre...Que la Pétitionnaire a raison de penser, vu les connaissances, les talents, la loyauté et l'intégrité du dit feu Jacques Labrie, et d'après le jugement qu'ont porté sur le manuscrit de cette Histoire beaucoup de personnes éclairées qui en ont pris communication, que la publication en serait aussi utile au pays qu'honorable pour la mémoire de son auteur. »94
 
Au départ, la Chambre adopte une résolution où elle déclarait « expédiant de faciliter la publication de l'Histoire du Canada composée par feu Jacques Labrie, écuyer, en autorisant l'achat d'un certain nombre d'exemplaires de l'ouvrage; A.-N. Morin fut autorisé a présenter un projet de loi à ce sujet; ce projet de loi voté par la Chambre par 45 voix contre 9 fut aussi agréé par le Conseil législatif, mais après avoir subi de notables amendements. Le Conseil changea le titre du projet de loi et, au lieu d'affecter les 500 louis à l'achat d'un certain nombre d'exemplaires de l'Histoire du Canada, les fit passer à la Société littéraire et historique de Québec. Celle-ci pourrait se porter acquéreur du manuscrit et des documents de Labrie. Cet amendement du Conseil ne fut point agréé par la Chambre. »95
 
Le journal la Minerve publie divers témoignages qui militent en faveur de l'Histoire du Canada de Labrie. Il en est ainsi des témoignages d'Augustin-Norbert Morin, de monsieur Demers, de Louis-Joseph Papineau et de monsieur Quesnel.

Augustin-Norbert Morin est celui qui donne le plus de renseignements sur le contenu de cette Histoire du Canada car, à maintes reprises, il a eu l'occasion de consulter ce travail et il en a parlé avec l'auteur depuis plusieurs années et tout « particulièrement peu de temps avant sa mort. Je sais, dit-il, que monsieur Labrie, qui y a travaillé depuis 1825, s'est procuré et a consulté; outre un grand nombre de manuscrits originaux, presque tous les écrivains Français et Anglais qui se sont occupé de l'Histoire de cette partie du Globe, depuis l'époque de sa découverte. Je regarde son Histoire comme exacte et impartiale. Outre la suite des événements généraux, divisée par époques, une partie spéciale de ce grand travail, divisée de la même manière, est consacrée à l'Agriculture, au Commerce, aux Institutions Civiles et Religieuses de chaque époque. L'auteur en était rendu à la fin de la guerre avec les États-Unis d'Amérique, lorsque la mort l'a enlevé à ses amis et à son Pays. J'estime que l'ouvrage pourra former de trois à quatre volumes de formant octavo, et dans cette supposition, je pense que le prix de la publication s'élèverait à environ trois livres courant pour chaque exemplaire. »96

Les archives du Séminaire de Québec possèdent un document d'environ 90 pages97 qui donne un court résumé de l'Histoire du Canada de Labrie. Écrites de sa main, ces notes sont claires et précises. Elles ne laissent aucune place à l'imprécision ou au doute quant aux sources consultées et quant à leur exactitude.

En 1832, « le Conseil législatif octroya la somme votée de cinq cents louis pour permettre à la Société Littéraire et Historique de Québec d'acquérir de ses héritiers le manuscrit de Labrie... Les documents acquis devaient rester sous la garde de la Société.98

Un voile de mystère couvre les négociations qui ont normalement dû se passer entre les héritiers Labrie et la Société... Il est vraisemblable de croire que les objections ne vinrent pas de la veuve qui connaissait les intentions de son mari... Elle savait que Labrie était fortement attaché à son oeuvre et qu'il en souhaitait la publication.»99 Le manuscrit est confié par la famille à Augustin-Norbert Morin, le plus fidèle ami du docteur. En 1832, Morin se réfugie à Saint-Benoît pour fuir l'épidémie de choléra qui décime le Bas-Canada. C'est ainsi que l'Histoire du Canada est confiée au notaire Jean-Joseph Girouard.
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