Jacques Labrie, Patriote




Jacques Labrie, député

Depuis l'époque de ses carabinades, Jacques Labrie s'intéresse activement à la politique du Bas-Canada. Dans son journal, le Courrier de Québec, il fait régulièrement l'éloge de L'Acte Constitutionnel de 1791. Il souligne à de multiples reprises les avantages du régime politique qui en découle en comparaison avec celui qui prévalait avant la conquête.
Nous retrouvons le docteur à la tête des opposants chez les citoyens du Comté d' York lors de la tentative d'Union du Haut et du Bas-Canada en 1822. Son action, jumelée à celles qui se sont tenues dans plusieurs autres comtés, a fait retarder de deux décennies cette abomination politique pour les Canadiens du Bas-Canada.
Jacques Labrie n'est pas satisfait des lois qui régissent l'éducation au Bas-Canada et il considère que toutes les activités médicales y sont mal contrôlées. Le Gouvernement d'alors est plus captif de certains problèmes de l'heure comme celui de la question des subsides que de ce qui se passe ou ne se passe pas dans les écoles des campagnes québécoises.
Le petit docteur de campagne décide donc de faire le grand saut et il se porte candidat à l'élection de juillet 1827. Cette élection se déroule dans le désordre le plus total. Le comte de Dalhousie, Gouverneur du Canada de 1820 à 1828, soumet à la Chambre les comptes publics et le budget. Celle-ci refuse de voter en faveur de ces subsides. Le Gouverneur « proroge les Chambres, dissout le Parlement et en appelle au peuple. »73

Cette attitude du Gouverneur amène beaucoup de critiques dans le peuple. Plusieurs réunions politiques se tiennent dans les divers comtés. Le Gouverneur est blâmé pour les gestes posés et la population sanctionne les agissements des députés. Au lieu de chercher à apaiser le peuple, le Gouverneur impose de vieilles lois complètement désuètes, ce qui augmente la frustration dans les comtés. À titre d'exemple, le fait d'avoir prorogé les Chambres et de dissoudre le Parlement a laissé plusieurs lois sous forme de projets. C'est le cas de la loi de milice qui venait tout juste d'expirer. Pour pallier à cette carence de loi, le Gouverneur remet en force de vieilles ordonnances antérieures à l'Acte Constitutionnel de 1791 et qui obligeaient tous les citoyens de 15 à 60 ans de s'enrôler et de passer en revue à des dates fixées à l'avance.


« On l'informe que beaucoup d'officiers subalternes, usant de leurs droits de citoyens ont pris part aux assemblées, où l'on discute et réprouve sa conduite. Il (Dalhousie) ordonne aussitôt qu'ils soient destitués de leurs charges; et cet ordre odieux est exécuté sans merci. C'est ainsi que le docteur Labrie, chirurgien du premier bataillon du Comté d'York, les deux Mondelet, Louis Bourdages, Vallières de Saint-Réal, Louis-Joseph Papineau, Louis-Michel Viger, et un grand nombre d'autres, se voient subitement dégradés et réduits au rang de simples miliciens.74 »

 
Fait surprenant, le député terminant son terme, Eustache-Nicolas Lambert-Dumont, officier supérieur du docteur Labrie, est celui qui le dénonce et qui le fait destituer. C'est ce même Lambert-Dumont qui avait servi de père au docteur Labrie en 1809 lors de son mariage.
Peu de temps après, les deux candidats résidents de Saint-Eustache ont l'occasion de s'affronter lors des élections du Bas-Canada en 1827. Dans le Comté d'York, « quatre candidats sont en lice, Jacques Labrie et Jean-Baptiste Lefebvre, du parti patriote contre le colonel John Simpson, du Côteau-du-Lac, et le lieutenant-colonel Eustache-Nicolas Lambert-Dumont, candidats du gouverneur...
Le scrutin dure une semaine. Il est marqué de violences inouïes, le poll s'ouvre d'abord à Saint-Eustache, ou des cabaleurs de Gore et de Chathan, armés de bâtons, intimident les voteurs. À la tête d'un contingent d'Orangistes, le ministre protestant Roebuck, d'Argenteuil, vient « cogner » sur nos habitants, qui par ailleurs ne semblaient pas lents à la riposte. Des rixes sanglantes s'en suivent, Devant tant de désordres, le bureau de votation est déménagé à Vaudreuil. Mesure inutile. Le tumulte reprend de plus bel. L'élection terminée, Labrie et Lefebvre sont déclarés élus, et les assommeurs dalhousiens doivent regagner leurs clapiers.»75

Le 15 août 1827, les élus remercient tous les électeurs qui les ont soutenus malgré tous les sévices qu'ils ont dû affronter. Pour tenter de gagner du temps et de décourager les électeurs du parti patriote, les candidats Dumont et Simpson exigent de chacun d'entre-eux de prêter officiellement serment qu'ils ont atteint l'âge de vingt et un ans.»76

« Le 20 janvier 1829, nouvelle déposition de 1a part de Joseph Rochon, cultivateur et enseigne de milice à Saint-Eustache. Le lieutenant-colonel Dumont et Eustache-Antoine Lefebvre de Bellefeuille, également officier de milice, se seraient arrêtés chez le déposant, la veille de l'élection du comté d'York, en 1827. Dumont aurait demandé à Rochon d'appuyer sa candidature. On tenta d'obtenir son adhésion par l'expectative d'un grade. Même proposition faite au sergent Eustache Cheval, alors présent et depuis promu à une lieutenance au préjudice de Rochon.»77

Ces faits ont troublé profondément le docteur Labrie pour qui toute forme de violence lui répugne. Cependant, en tant que député et nouveau membre de l'Assemblée législative, il est convoqué à Québec pour le 20 novembre 1827. Louis-Joseph Papineau est élu à nouveau comme orateur de la Chambre ce qui indispose grandement Dalhousie qui proroge à nouveau le Parlement, le 23 novembre de la même année. Le Parlement est ainsi empêché de siéger pendant plus de vingt mois. C'est à cette période que Jacques Labrie publie son opuscule sur la Constitution britannique et qui s'intitule: «Les premiers rudiments de la Constitution britannique; traduits de l'anglais de M. Brooke; précédés d'un précis historique, et suivis d'observations sur la Constitution du Bas-Canada, pour en donner l'histoire et en indiquer les principaux vices, il fait l'historiqueavec un aperçu de quelques-uns des moyens probables d'y remédier.»78
En première partie de la Constitution britannique qu'il compare à celle qui nous a été donnée en 1791. La principale faille de cette dernière consiste en 1a mauvaise composition du Conseil législatif. Selon Labrie, la nomination des membres de ce Conseil est très arbitraire. Les membres ont souvent comme seule qualité celle d'avoir su plaire au gouverneur en place.« Qu'attendre d'une Chambre, dit Labrie, que l'on peut remplir d'hommes qui ne tiennent au pays ni par l'étendue de leur propriété, ni par l'éclat des services rendus, encore moins par l'illustration d'un nom ancien ou par aucun autre genre d'influence personnelle? »79

Dans son analyse, Labrie ne parle pas de gouvernement responsable, puisqu'il considère que ce sont les Communes qui doivent voter l'impôt et voir à ce que l'argent voté soit dépensé en conformité avec la volonté du peuple. C'est ce que décrète la Constitution britannique et c'est normal que l'on retrouve cette même notion dans l'Acte Constitutionnel. Malheureusement tel n'est pas le cas. Labrie démontre aussi clairement dans sa publication que l'application de l'Acte Constitutionnel se fera plus ou moins harmonieusement selon les gouverneurs en place et selon les directives de Londres.


Jacques Labrie a dédié cet opuscule « à l'instruction politique de la jeunesse canadienne.»80 C'est dans la fonction de député que le docteur laisse sa marque la plus tangible pour l'éducation.

La loi présentée en 1829 pour « favoriser l'établissement d'écoles élémentaires dans tous les comtés du pays accorde une aide généreuse pour la construction des maisons d'école et pour le paiement des instituteurs.»81 La naissance des commissions scolaires demeure un témoignage toujours vivant de son dévouement à cette cause. Labrie n'a jamais été connu comme orateur. Il a été un grand travailleur qui a su mener à bien plusieurs travaux à la fois. Son influence a permis le développement des chemins de colonisation et à l'installation de tribunaux « chargés de veiller à l'honneur de la profession médicale. »82

La carrière parlementaire du docteur Labrie est très courte. Il ne siège en Chambre que trois sessions: « La première, du 21 novembre 1828 au 14 mars 1829; la deuxième, du 22 février au 26 mars 1830; la troisième, du 27 janvier au 31 mars 1831. Il y eut, en octobre 1830, de nouvelles élections générales occasionnées par la mort de Georges IV et le docteur Labrie fut réélu dans son comté. »83

Jacques Labrie ne siège pas en Chambre pour le salaire qu'il peut y gagner à cette époque, les députés ne sont pas payés pour leur travail en Chambre. Les ministres, les membres du Conseil législatif sont nommés et payés par le Gouvernement. Les députés, élus par le peuple, reçoivent une première indemnité parlementaire au cours de la session de 1831. La carrière politique de Jacques Labrie se termine par son décès soudain en octobre 1831.
     
 
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