Jacques Labrie, Patriote




Les biens des Sulpiciens
La question des biens des Jésuites est assez bien connue et elle a fait couler beaucoup d'encre. Mais qui connaît la question des biens des Sulpiciens? À l'époque de Jacques Labrie, le Gouvernement, à l'instar de ce qui s'est passé pour les biens des Jésuites, mûrissait le dessin de s'emparer des biens des Sulpiciens.

Le Gouvernement avait réussi à s'emparer des biens des Jésuites au pays et il s'apprêtait à en faire autant avec ceux des Sulpiciens. « Les Anglais considéraient les Sulpiciens comme un « ordre » religieux avec voeux au lieu d'y voir une simple « compagnie » de prêtres séculiers.»69 Dans un premier temps, Labrie n'apprécie pas du tout de voir quantité de Français prendre d'assaut cette maison de sujets étrangers. « Cette maison (sulpicienne), écrivait Labrie en 1828, devrait être canadienne et essentiellement canadienne,»70 Il faut se rappeler qu'à cette époque « Jean-Marie-Auguste Roux, né en France, est venu à Montréal en 1794, qu'il y est vice-supérieur général de 1794 à 1798 et supérieur général des Sulpiciens du Canada de 1798 à 1831, année de son décès. »71

Jacques Labrie use de toutes les influences que lui permet son titre de député pour faire valoir la valeur de la maison sulpicienne et la nécessité pour elle d'être administrée par des gens du pays et composée de prêtres d'ici. Quant au désir du Gouvernement de s'emparer des biens des Sulpiciens, Labrie s’en réfère à la population: « Au reste, dit-il, j'ai toujours été d'avis que le meilleur argument serait l'unanimité avec laquelle les habitants du pays parleraient en faveur de la possession du Séminaire. Faites-les parler, faites parler le clergé, et vous réussirez; les ministres n'aimeront pas à heurter de front l'opinion générale de la Province.»72 L'opinion publique a toujours eu un très grand effet sur l'épiderme sensible des politiciens! Et Jacques Labrie connaissait bien la nature humaine!

Pour Labrie, la question des biens des Sulpiciens était un premier jalon gouvernemental dans son emprise sur les biens privés des Canadiens. Si cette opération contre les Sulpiciens réussit, c'est un feu vert pour tous les rapaces gouvernementaux qui n'aspiraient qu'à assouvir leur soif de conquérant. Heureusement, Jacques Labrie a su freiner cette tentative qui paraissait sans trop de risques au début mais qui aurait été néfaste pour une grande partie des biens des Canadiens. À ce titre, nous devons considérer Labrie comme un grand Patriote.
 
 
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